« L’Art de la chute » Gaëlle Axelbrun, Marie de Dinechin, Morgan·e Janoir, Pierre Koestel, Iris Laurent, Emmanuel Linée et Yanis Skouta témoignent de leur vécu
Gaëlle Axelbrun, Marie de Dinechin, Morgan·e [...]
Laurent Fréchuret crée une pièce inédite de George Brant. Le comédien Dali Benssalah, accompagné par le musicien François Robin, s’en empare avec une justesse et une intensité éblouissantes.
On se souvient de Sabine Zlatin, fondatrice de la colonie des enfants d’Izieu, témoignant au procès de Klaus Barbie. S’adressant à la défense, elle martela, avec une force formidable, que les 44 enfants assassinés n’étaient ni des maquisards ni les ennemis de l’armée allemande, mais des innocents. En 2018, à Brownsville, au Texas, l’ignoble Casa Padre a ouvert ses portes à des mineurs migrants isolés. Plus de deux mille enfants, parfois des bébés, y ont été parqués, séparés de leurs parents, criminalisés pour avoir franchi illégalement la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. « Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! », disait Prévert, en évoquant la mutinerie des enfants de la colonie pénitentiaire de Belle-Ile, ajoutant que « c’est la meute des honnêtes gens qui fait la chasse à l’enfant ». La pièce de George Brant, traduite par la toujours excellente Dominique Hollier, évoque cet épisode inhumain de la récente politique sécuritaire américaine, et Martìn Ramos, le narrateur de son récit, est de ces honnêtes gens. Les enfants de la Casa Padre ne sont pas des illégaux, ce sont des innocents. Dire et entendre ce que sont ces enfants nous engage.
Los illegales, los resignados
Martìn Ramos, parce qu’il lui faut nourrir sa famille et envoyer ses filles étudier à l’université, a postulé pour un emploi de garde de nuit dans un supermarché transformé en centre de rétention. Clause de confidentialité oblige, il est tenu au secret. Mais Martìn, qui est un brave homme, s’attache aux enfants et assiste avec effroi à la propagation d’une étrange épidémie dans le centre : les petits tombent les uns après les autres dans un sommeil inexplicable. « Los illegales » deviennent, dans sa bouche, « los resignados ». Le comédien Dali Benssalah interprète le rôle de Martìn Ramos avec une rare intensité. Subtil, il parvient à être juste de bout en bout, sans jamais sombrer dans le pathos, tout en parcourant une chatoyante palette d’émotions. La complexité de cet homme ordinaire face au dilemme entre résistance et collaboration apparaît avec une vérité sidérante. Fort d’une carrière cinématographique déjà conséquente, le comédien a peu joué au théâtre, mais se révèle comme un artiste avec lequel la scène doit compter. Accompagné par le toujours talentueux François Robin, qui interprète en direct la musique qu’il a composé et évoque autant l’ambiance du camp de rétention que les couleurs de l’âme de son geôlier, le comédien, ultra doué, est fascinant. Pour des raisons éthiques, politiques et esthétiques, ce texte puissant est indispensable à notre époque : nous devons renoncer à renoncer.
Catherine Robert
Du mardi au vendredi à 20h ; samedi à 19h ; dimanche à 16h. Tél. : 01 44 95 98 21. Durée : 1h15.
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