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Dans son premier spectacle personnel, Élise Lhomeau raconte le parcours incroyable d’une femme qu’elle a connue enfant. Soit Germaine Aziz, qui a livré un témoignage unique sur la prostitution coloniale qu’elle a vécue avant de devenir journaliste à Libération.
« J’ai connu Germaine Aziz enfant, après sa carrière de journaliste animalière à Libération où elle avait connu mon père qui en dirigeait le service politique. Tous les deux étaient devenus amis, et j’ai moi-même développé une relation très forte avec cette femme dont j’aimais le caractère solaire, la grande force de vie. Ce n’est qu’à sa mort en 2003 que l’on m’a appris des choses de son passé de prostituée, d’abord dans ce qu’on appelle un bordel d’abattage à Oran où elle était séquestrée, puis dans des bordels de luxe en Algérie et enfin en France. Son livre Les Chambres closes où elle raconte son parcours est longtemps resté chez moi sans que j’ose l’ouvrir. Sans doute par pudeur. Lorsque je l’ai enfin fait, j’ai été bouleversée par ce texte et frappée par sa théâtralité. Pour l’adapter au théâtre, j’ai décidé de me faire accompagner du réalisateur Nicolas Giuliani. Très attentif aux gestes, aux changements de rythmes, il m’a aidée à construire une trame capable de tenir le spectateur en haleine.
Donner à ressentir le caractère unique de ce témoignage
Mon récit commence au moment où je découvre le livre de Germaine Aziz. Je me mets ensuite à l’incarner, sans toutefois chercher à lui ressembler. C’est à partir de ce que je suis comme femme, comme comédienne, que je m’empare des Chambres closes. Le livre comptant plus de deux cent pages, nous avons dû faire des choix et nous concentrer sur certains épisodes majeurs. La question de l’écriture est centrale dans notre spectacle, car elle est un point de rencontre très fort entre Germaine et moi. Pour elle, l’écriture a été une façon de se réapproprier sa propre vie, de l’accepter et d’aller de l’avant. De mon côté, j’ai toujours recherché la poésie au théâtre, et l’écriture très orale des Chambres closes est pleine d’une poésie qui m’émeut beaucoup. J’ai aussi voulu donner à ressentir le caractère unique de ce témoignage sur la prostitution coloniale. Très peu de femmes en sont sorties vivantes, et Germaine Aziz est la seule à avoir relaté ce vécu dans un livre. Cette puissance me porte lorsque je suis sur scène ».
Propos recueillis par Anaïs Heluin
du mardi au vendredi à 20h, le 19 à 16h et 19h, le 26 à 21h, le dimanche à 15h30. Tel : 01 44 95 98 21
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