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VISAGES DE LA DANSE

La fascination Nijinski

La fascination Nijinski - Critique sortie Danse
Crédit : Benny Chou Légende : Marie Chouinard dans sa version de L’Après-midi d’un faune.

Le cas Nijinski et les créations qui s’y rapportent / Marie Chouinard

Propos recueillis Marie Chouinard

Publié le 28 février 2017

Avec Prélude à l’après-midi d’un faune (1994) et Le Sacre du printemps (1993), Marie Chouinard revisite deux monuments de la danse, exaltant au plus près le répertoire de Nijinski.

« Mon Faune est complètement lié à Nijinski, contrairement à mon Sacre du printemps qui m’a été dicté par la musique de Stravinsky. Pour L’Après-midi d’un faune, créé en 1987, je me suis directement inspirée des photographies du Baron Adolf de Meyer, où l’on voit Nijinski dans toutes les positions du Faune. À l’époque, je n’avais pas de compagnie, et c’est un solo que j’ai vraiment créé pour moi en tentant de rester au plus près de ses mouvements. Dans cette première version, je n’ai pas utilisé la musique de Debussy qui me gênait, mais j’avais des déclencheurs sonores cachés dans des bagues. J’ai appris quelques années après que Nijinski lui-même n’aimait pas cette musique, ce qui avait créé des tensions avec Debussy. Ensuite, beaucoup plus tard, lors d’une tournée à Taiwan, ils voulaient faire Le Sacre et le Faune avec orchestre. Quand je leur ai expliqué que je ne dansais pas sur la musique originale, ils m’ont répondu : « Eh bien là, il va falloir ! » Et du coup, je m’y suis mise.

Rencontre du troisième type

En fait, je n’ai pas pensé à lui comme à un mythe ou une figure de la modernité du début du XXe siècle. C’était plutôt une sorte de fascination. Comme si j’avais eu une rencontre avec Nijinski. J’avais vu cette photo où son buste se détache d’un fond noir, avec un regard si profond, et c’est comme s’il y avait eu un contact. D’autre part, j’avais déjà créé S.T.A.B (Space, Time and Beyond) en 1986, une chorégraphie dans laquelle je porte une très longue corne flexible qui pend au-dessus de ma tête, et j’avais également exploré des angles à l’égyptienne, de profil. Donc quand j’ai retrouvé Nijinski, il y avait pour moi une parenté. Parce qu’il s’intéressait aux cornes, à la pulsion sexuelle, vitale. Et parce que le Faune, mi-dieu, mi-animal, témoignait de son attention au transhumain, aux mutations, au “trans-forme“, j’ai ressenti une proximité très forte par rapport à ma propre démarche. C’est ce qui m’a donné envie de me rapprocher de lui en mettant mes pas dans les siens. »

 

Propos recueillis par Agnès Izrine

 

Œuvres programmées dans le cadre de La Biennale de Danse du Val-de-Marne. Tél : 01 46 86 70 70. www.alabriqueterie.com

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