La Terrasse

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Les formations artistiques

Enseigner m’a beaucoup appris sur moi-même.

Enseigner m’a beaucoup appris sur moi-même. - Critique sortie
© D. R.

Publié le 10 octobre 2009

Totémique contrebassiste du jazz transalpin puis parisien, Riccardo Del Fra a eu l’heur de jouer auprès des mémoires du jazz, telles que Dizzy Gillespie, Lee Konitz, Barney Wilen ou Bob Brookmeyer, sans oublier Chet Baker dont il fut un partenaire privilégié. Parallèlement à cette intense activité, où il n’a jamais cessé de mener des projets sous son nom, ce compositeur a choisi également la voie de l’enseignement au Département Jazz et Musiques Improvisées au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, avant d’en prendre la direction en septembre 2004.

En quoi l’improvisation, cela ne s’improvise pas ? Et comment apprend-on le jazz  ?
Riccardo Del Fra :
L’improvisation demande un travail important, que ce soit pour l’improvisation « jazz » ou idiomatique ou que ce soit pour l’improvisation non-idiomatique. Ce travail se fait, depuis toujours, en amont, mais il continue pendant toute la vie. Comme pour tout langage, le jazz demande d’apprendre un vocabulaire, une orthographe et une grammaire dont l’utilisation demandera personnalité, culture, habilité, fantaisie et créativité de la part du musicien.

Existe-t-il une bonne méthode d’enseignement ?
R. D. F. :
Je crois que la meilleure méthode d’enseignement est celle d’un expert qui pratique cet art et qui tient compte de la personnalité de l’élève en laissant ouvert le champ des possibles. La mise en situation aussi est un moment déterminant dans les diverses phases d’apprentissage. Celui qui enseigne devrait oeuvrer par-delà ses propres goûts, éviter les a priori et donc, pouvoir passer outre les frontières et les cloisonnements. 

« Celui qui enseigne devrait oeuvrer par-delà ses propres goûts, éviter les a priori. »

L’enseignement a-t-il eu des conséquences sur votre activité de musicien ?
R. D. F. :
Lorsque j’enseignais la contrebasse à l’école ARPEJ, j’ai appris à concevoir une méthode par la nécessité de devoir exprimer, extérioriser, une pensée personnelle jusque-là seulement intérieure. Enseigner m’a beaucoup appris sur moi-même, sur mes qualités et sur mes limites. Ce qui m’a permis de m’améliorer. Mais ce sont surtout les changements intervenus dans le monde du travail qui ont eu des conséquences sur mon activité. Pour moi, comme pour la plupart de mes collègues, il y a moins de tournées que dans le passé et il nous faut multiplier les groupes et les projets pour avoir une activité « régulière ». En tout cas, avant de rentrer au CNSMDP, je jouais avec certains musiciens et j’écrivais de la musique. Je continue, même si c’est d’une façon plus espacée. Une conséquence dont je me réjouis réside certainement dans la création d’ensembles et de projets qui incluent des jeunes musiciens issus du conservatoire. Cela amène une fraîcheur à ma musique et me permet de continuer d’apprendre beaucoup de choses.

Faut-il parler d’enseignement ou de transmission ?
R. D. F. :
Les deux me paraissent complémentaires. On peut transmettre à une personne une technique, un savoir-faire, propre à celui qui enseigne ; on peut aussi – et on doit, je crois – lui enseigner la manière d’organiser une recherche personnelle pour forger et savoir exprimer son identité et son unicité.

Croyez-vous malgré tout que la pratique des clubs demeure la meilleure des écoles de jazz, ou du moins un nécessaire examen  pratique ? 
R. D. F. :
Un club n’est pas une école, mais on y apprend beaucoup, naturellement. Le souci pour les jeunes musiciens est qu’il n’y a plus de clubs qui vous accueillent pendant un mois comme dans les années 1960 et très rares sont ceux qui vous accueillent une semaine comme dans les années 1980. Alors, comment roder un orchestre, un répertoire ? Comment faire des rencontres musicales, artistiques et humaines si nécessaires pour créer ? Il me semble que désormais ce sont les écoles qui jouent ce rôle, en proposant des nouveaux espaces de création pour le jazz.

Propos recueillis par Jacques Denis

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