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Danse et arts plastiques : quels enjeux ?

Danse et arts plastiques : quels  enjeux ? - Critique sortie Danse

La danse plasticienne
Entretien / Maxime Fleuriot

Publié le 27 février 2016

Aujourd’hui, la danse s’approprie de plus en plus souvent les modes de fonctionnement de l’art contemporain. Quels sont  les enjeux de tels croisements ? Nous avons posé la question à Maxime Fleuriot, conseiller à la programmation de la Maison de la danse de Lyon.

Que pensez-vous de l’accointance entre la danse et les arts plastiques ?

Maxime Fleuriot : Depuis les Ballets Russes jusqu’aux croisements qui ont réuni plasticiens et chorégraphes tout au long du 20e siècle – Cunningham et Rauschenberg, Bagouet et Boltanski, Childs et Sol Lewitt, pour les plus grands -, la collaboration est ancienne. Ensuite, la danse des années 90 s’est appropriée le terme de “danse plasticienne“, à travers des chorégraphes qui ont eu une formation en arts plastiques  – de Christian Rizzo à La Ribot ou Alain Buffard -, et cette tendance se poursuit aujourd’hui, par exemple chez un Jonah Boaker.

Mais le terme de « danse plasticienne » dépasse largement ce cadre et désigne aujourd’hui un type d’œuvre et même un mode de fonctionnement…

Maxime Fleuriot : Esthétiquement la « danse plasticienne » désigne une nouvelle forme artistique. C’est une danse qui rejette toute virtuosité, qui se « dépose » littéralement sur scène. Cette métaphore des arts plastiques me semble opérante pour caractériser l’esthétique de ce que l’on a appelé rapidement « non danse ». On a beaucoup glosé sur ce « mouvement », leur permettant de légitimer cette forme en réaction à la danse virtuose. Mais peut-être est-ce surtout une réponse économique. Car ce sont de petites formes, portées par des interprètes-chorégraphes, donc moins coûteuses quant à leur production et leur diffusion. Le créateur devient celui qui élabore des concepts, explore un processus comme pour les arts plastiques – sans danseurs qui travaillent dans un studio. Avec, chez certains, le besoin de revendiquer une filiation issue de la post modern dance américaine qui a aussi été puiser de ce côté.

« Le créateur devient celui qui élabore des concepts. »

Il y a aussi cet effet de discours à l’œuvre dans les arts plastiques…

Maxime Fleuriot : On sait que les plasticiens ont donné au concept, au discours sur l’œuvre une place de plus en plus importante – pour ne pas dire prééminente. Au début des années 2000, les artistes ont peut-être utilisé cette forme comme stratégie pour s’imposer institutionnellement.

En quoi cela peut-il devenir problématique ?

Maxime Fleuriot : C’est passé d’une position très minoritaire à un modèle très diffusé, qui irrigue le monde entier et qui fait école. On voit aujourd’hui sur les plateaux  beaucoup de pièces pouvant s’apparenter à ce courant, où les intentions priment sur l’élaboration artisanale du mouvement. Cette idée s’immisce dans les formations, accréditant l’idée qu’on peut se passer d’un solide apprentissage. Du coup, le discours excède de très loin ce qu’on peut voir sur scène. L’indiscipline peut-elle faire école ? La question reste ouverte…

Aujourd’hui, on distingue une nouvelle évolution avec des chorégraphes qui présentent leurs œuvres directement dans les musées… et s’emparent du marché de l’art contemporain.

Maxime Fleuriot : Oui, certains chorégraphes très reconnus opèrent un nouveau déplacement. Le modèle type en serait Tino Seghal. Ils produisent des œuvres qui s’adressent au champ muséal, au réseau marchand de l’art contemporain, qui, au contraire, bénéficie d’une économie bien plus forte que celle de la danse contemporaine. Bien entendu, cette reconnaissance dans le champ muséal est plutôt flatteuse et permet de s’emparer d’un nouveau marché. Cela dit, c’est aussi une façon d’élargir leur travail, de rencontrer un nouveau public.

 

Propos recueillis par Agnès Izrine

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