La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

Héla Fattoumi crée « Twama Paradise », un espace où le paradis est celui que l’on se crée, avec ses souvenirs choisis, ses connexions fantasmées, ses identités adoptées, ses affinités électives…

Héla Fattoumi crée « Twama Paradise », un espace où le paradis est celui que l’on se crée, avec ses souvenirs choisis, ses connexions fantasmées, ses identités adoptées, ses affinités électives… - Critique sortie Danse Belfort VIADANSE - Centre chorégraphique national de Bourgogne Franche-Comté à Belfort
Crédit : Laurent Philippe Sondos Belhassen et Héla Fattoumi dans Twama Paradise

VIADANSE, CCN Belfort / Chorégraphie Héla Fattoumi

Publié le 27 août 2026 - N° 346

Les « Demoiselles de Tunis » ont trouvé leur terrain commun : un espace où le paradis est celui que l’on se crée, avec ses souvenirs choisis, ses connexions fantasmées, ses identités adoptées, ses affinités électives… Un espace pour la liberté.

Pour cette création, Héla Fattoumi retrouve brillamment la scène en tant que danseuse, qu’elle avait marquée d’une présence si forte dans ses solos Wasla et Manta. Twama Paradise constitue peut-être, dans son rapport aux origines, un troisième volet dans cette démarche, mais résolument aspiré vers une légèreté de l’être que lui apporte sa relation avec Sondos Belhassen. Dès le début de leur duo, la nostalgie est évacuée, car les souvenirs, délicatement chantés et jalonnant le spectacle par la musique, les accessoires ou les lumières, riment avec avenir. « Twama » veut dire sœur jumelle en arabe, et, déjà, leur première danse brouille les pistes de façon saisissante, quand le visage lui-même participe d’une confusion qui place l’altérité à un niveau de connexion troublant. Dans un espace rythmé par d’aériennes colonnes, elles promènent ensuite leurs confondantes complexions dans des jeux de corps et de chants entre cabaret et comédie musicale, où la rencontre se donne tantôt complice, tantôt mutine, espiègle ou appliquée.

Sororité à tous les étages

Un des moments forts du duo réside dans la Chanson des Jumelles, reprise toute singulière des Demoiselles de Rochefort par des Demoiselles de Tunis tout aussi libres et malicieuses que les Deneuve-Dorléac – mention spéciale à Éric Lamoureux, dont la création sonore est un voyage / hommage plein de saveurs. Mais en les observant également dans des marches très structurées, arpentant le plateau en long et en large dans une danse presque hiéroglyphique, on mesure une vélocité, une rectitude dans le tranché du geste, une précision dans la calligraphie des mains qui ouvrent un autre espace pour le regard. Elles y déposent avec gravité leurs gestes de femmes, leur parcours de vie, leur âge, leur origine, leurs failles, leur émancipation… Leurs paradis choisis.

 

Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Twama Paradise
du vendredi 9 octobre 2026 au samedi 10 octobre 2026
VIADANSE - Centre chorégraphique national de Bourgogne Franche-Comté à Belfort
3 avenue de l’Espérance, 90000 Belfort

à 19h30. Tél : 03 84 58 44 88. Spectacle vu au Festival Montpellier Danse.

 

Également le 21 novembre au NEUFNEUF Festival, Toulouse, le 21 janvier au Tangram, scène nationale Évreux, les 6 et 7 février au Festival Everybody en partenariat avec le Festival Faits d’hiver au Carreau du Temple à Paris, le 16 mars à la Quinzaine de la Danse à La Filature, scène nationale Mulhouse, en Mars au festival On Marche à Marrakech auMaroc.

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur la Danse

S'inscrire