La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Hedda Gabler

Hedda Gabler - Critique sortie Théâtre
Cécile Garcia-Fogel oscille entre cruauté et fragilité.

Publié le 10 juin 2007

Le jeune metteur en scène Richard Brunel surligne le drame d’Ibsen, jusqu’à en épuiser la force.

« Le courage. Si seulement on avait cette…. force… qui permet de continuer à vivre. La vie n’est pas désespérante, elle est ridicule. », lâche Hedda Gabler, lorsque la triviale évidence du réel se referme sur elle, et l’étrangle, l’aspire jusqu’au néant. Grotesque, oui, c’est insupportable… Hedda, la fille du Général Gabler, qui flamboyait jadis sous les feux dansants de la bonne société, elle, l’impétueuse beauté si convoitée, a épousé Tesman, historien terne et besogneux. Pourquoi a-t-elle ligoté sa vie au plus insignifiant de ses admirateurs ? Que cherche-t-elle avec Lœvborg, son amour d’antan, brillant esprit, autrefois débauché, qui a retrouvé aujourd’hui le droit chemin du succès intellectuel ? D’où vient ce vertige de destruction qui l’habite et la pousse jusqu’au suicide ? Qui est Hedda ? Sans doute une femme éprise d’absolu, perdue dans l’empyrée de rêves sublimes, avide mais incapable de vivre. Une révoltée bâillonnée par le qu’en-dira-t-on, une rebelle effrayée par l’ombre du scandale qui musèle ses désirs dans les fers de la respectabilité. Ou encore une bourgeoise tenue par la laisse des convenances mais qui refuse le corset étriqué d’épouse, de mère ou d’amante. Ses ambitions se sont abîmées contre la réalité dégrisée de l’existence. Condamnée à regarder au loin le reflet tumultueux de la vie, elle meuble l’ennui du quotidien de songes clinquants de réceptions, elle manipule, souffre, lutte, torture, ment… tente de prendre le pouvoir sur la destinée des autres. Détruit tout finalement.

 

La vie en pantoufles…

Victime autant que bourreau, conspiratrice désabusée, sinueuse, humaine, irréductiblement paradoxale, Hedda Gabler fascine, parce qu’elle s’échappe sans cesse des rets de l’exégèse. Et voilà peut-être le péché d’orgueil de Richard Brunel : essayer d’en percer le mystère. Le metteur en scène jette ses personnages sur le lino fleuri d’un intérieur encaustiqué, archétype mesquin de la petite bourgeoisie provinciale. Il souligne à gros effets le ridicule, le rire amer. « Tesman est la correction, Hedda est la personne blasée, Mme Elvsted est l’individu nerveux – hystérique d’aujourd’hui, Brack le représentant de la conception bourgeoise personnelle. (…) Le désespoir de Lœvborg consiste en ce qu’il veut dominer le monde et ne peut se dominer lui-même. » écrivait Ibsen dans ses notes, à propos de cette pièce qu’il a publiée en 1890. Les comédiens se glissent dans leur rôle, avec plus ou moins de bonheur. Si Julie Pilod et David Ayala excellent dans leur jeu, Cécile Garcia-Fogel (Hedda) hoquète entre fragilité brusque, dérision mortifère et méchanceté enfantine. Sans convaincre. « Le beau dont l’idée fixe occupe Hedda s’oppose à la morale avant même de la tourner en dérision. » soulignait Adorno dans Minima Moralia. Ou l’inverse.

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