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Théâtre - Festival

Guy Cassiers et Tom Lanoye revisitent Méphisto de Klaus Mann

Guy Cassiers et Tom Lanoye revisitent<i> Méphisto</i> de Klaus Mann - Critique sortie Théâtre
Légende © C. Daguet / Editions Henry Lemoine : Le prolifique compositeur Bruno Mantovani explore pour la première fois la forme du conte.

Publié le 10 juin 2007

Les Flamands Guy Cassiers et Tom Lanoye, le premier pour la mise en scène et le second pour l’écriture, revisitent librement le Méphisto de Klaus Mann. Un pamphlet scénique inspiré par l’adaptation de Mnouchkine pour le Théâtre du Soleil et par celle de Szabo pour le cinéma. Avec cette question toujours vivante et vivace, quotidienne et universelle de l’artiste actif dans la société.

Directeur artistique du ro theater à Rotterdam de 1998 à 2006, Guy Cassiers développe à travers ses spectacles un langage théâtral multimédia avec caméras, images vidéo, paroles projetées et musique interprétée en direct. Cassiers dirige aujourd’hui le Het Toneelhuis d’Anvers avec un collectif d’artistes mêlant cinéma, vidéo, musique, danse et théâtre. Quant à Tom Lanoye, auteur de performances poétiques, de romans satiriques sur la Flandre contemporaine et d’adaptations théâtrales, il écrit en 2006, à la demande de Cassiers, Mefisto for ever, inspiré du roman Mephisto (1986) de Klaus Mann, dans lequel l’auteur met en scène un acteur talentueux, inspiré fortement par l’acteur et metteur en scène Gustav Gründgens, emporté par la tourmente du nazisme, refusant de faire des choix et privilégiant à tout prix l’art du théâtre au moment où l’apocalypse menace.

La dimension généreuse du doute

Gustav Gründgens, l’acteur au centre du récit, a aussi réussi à sauver des intellectuels et des acteurs juifs ou communistes pendant la guerre, il a critiqué le système, il a mis en scène Richard III de Shakespeare en se moquant de Goebbels, ce qui était interdit en Allemagne nazie. L’enjeu de la représentation a donc été pour les concepteurs de Mefisto for ever d’éviter la caricature du méchant entièrement méchant pour mieux donner à voir le comportement nuancé de celui qui pense lutter contre le système tout en étant dans le système. Ainsi, l’unité de lieu est celle du théâtre concret et de son plateau, le centre de la vie de Gründgens. Nulle place pour le pamphlet mais plutôt pour la dimension généreuse du doute. La scène se fait l’arène où la politique et l’art s’affrontent. Le héros, devenu militant de l’Art pour l’Art, refuse d’admettre que le régime absorbe son théâtre. Dans ses rapports avec les politiques, il ne sait plus qui est le diable, qui est Méphisto, qui cherche à séduire, qui est séduit. Il ne reste à l’acteur que la vanité du jeu, une piètre manipulation quand le pouvoir se réduit à la mise en scène du pouvoir. Le drame de Gründgens est de ne pas avoir voulu faire de choix. Revient au spectateur festivalier de se poser la question de la position juste…

A propos de l'événement

Avignon 2007


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