La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Construire plutôt que programmer

Construire plutôt que programmer - Critique sortie Théâtre  L’Hippodrome de Douai
©Pascal Bonnière/Voix du Nord

Entretien / Gilbert Langlois
Directeur du Théâtre d’Arras et de L’Hippodrome de Douai

Appelé, en octobre 2011, pour remettre en ordre le Théâtre d’Arras confronté à de graves problèmes financiers, le directeur de L’Hippodrome de Douai vient d’être définitivement confirmé à la tête de la scène pas-de-calaisienne. Une double casquette que Gilbert Langlois souhaite mettre à profit pour croiser les publics des deux lieux et réaffirmer son engagement en faveur du soutien à la création.

« Ce qui me porte en tant que directeur de théâtre, c’est d’être dans la construction, dans la rencontre humaine et artistique. »

 

Quelle est la mission qui vous a été confiée, en octobre 2011, en tant que directeur par intérim du Théâtre d’Arras ?

Gilbert Langlois : Ma mission était de mettre à plat l’organisation du théâtre, de restructurer l’équipe, de trouver rapidement des solutions à tous les problèmes qui se posaient et, enfin, d’assurer la pérennité des choix de programmation effectués par mon prédécesseur, de sorte qu’aucun artiste ne soit mis en danger par les difficultés que rencontrait le théâtre. Tous les projets programmés ont ainsi été maintenus. Ils seront présentés, pour la grande majorité, lors de la saison 2012-2013, et pour quelques-uns d’entre eux lors de la prochaine saison. A l’issue de cette mission d’un an, le conseil d’administration et les partenaires financiers ont décidé de me confier, de façon permanente, la direction du Théâtre d’Arras.

 

Quel nouveau projet artistique allez-vous mettre en place dans ce théâtre ?

G. L. : Un projet très proche de celui que je défends, depuis 2006, à L’Hippodrome de Douai. C’est-à-dire un projet profondément lié à la question des nouvelles dramaturgies, à la notion de transversalité, un projet qui fait se rencontrer et se réfléchir toutes sortes de disciplines : les arts du cirque, par exemple, la musique, les arts plastiques… Un projet qui cherche à échapper aux cadres, à ne pas enfermer le théâtre dans une seule esthétique ou un seul procédé artistique. Un projet qui vise à croiser les publics, les répertoires, à déplacer les regards. Comme à Douai, l’idée est vraiment de travailler avec les artistes le plus en amont possible du processus de création, d’élaborer les spectacles directement à partir des espaces dans lesquels ils vont s’inscrire.

 

Ce qui revient à envisager votre travail comme un travail de construction plutôt que de programmation…

G. L. : Exactement. Car je trouve épuisant de « faire son marché”. Ce qui me porte en tant que directeur de théâtre, c’est effectivement d’être dans la construction, dans la rencontre humaine et artistique, de réfléchir à l’émergence, de travailler à mettre le pied à l’étrier à de jeunes créateurs. La diversité des espaces dont disposent les théâtres d’Arras et de Douai rend tout cela possible. Car les choses ne sont pas lisses, elles s’expriment différemment à Arras et à L’Hippodrome. Chaque territoire est à un endroit spécifique de développement culturel. La nouvelle direction qui m’a été confiée me donne donc l’occasion de me reposer certaines questions autrement. D’une certaine façon, diriger aujourd’hui le Théâtre d’Arras me permet d’approfondir encore le programme artistique auquel je travaille à Douai.

 

Avez-vous l’intention de créer des passerelles entre ces deux théâtres ?

G. L. : Bien sûr. Nous avons d’ailleurs déjà mis en place des navettes gratuites permettant aux spectateurs d’Arras d’aller voir les spectacles créés à Douai, et vice versa. Ces navettes sont pleines, c’est enthousiasmant. Mon ambition est vraiment de favoriser ce type de mouvements et d’échanges afin de pouvoir augmenter, dans chaque lieu, la durée des séries de représentations. D’autre part, nous venons de mettre en place un pôle de production européen Arras-Douai. L’objet de ce pôle est d’accueillir les artistes repérés de la scène internationale et d’aider les plus jeunes à faire leurs premiers pas en France.

 

Quels seront les points forts de la saison 2012-2013, à Arras et à Douai ?

G. L. : Pour commencer par Douai, nous retrouverons David Bobee, un fidèle de L’Hippodrome qui met en scène Roméo et Juliette, ainsi que de nombreux artistes européens : Thomas Ostermeier, Guy Cassiers, Fabrice Murgia, Miet Warlop, une plasticienne belge qui a décidé de travailler sur un plateau de théâtre, Chor Kobiet, un chœur de femmes polonais… A Arras, nous découvrirons notamment les créations des jeunes metteurs en scène Jonathan Châtel et Thomas Jolly, ainsi que celles de Bernadette Appert, Peter Brook, Jos Houben, Lisbeth Gruwez, Pamina de Coulon, Bernard van Eeghem…

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

 

A propos de l'événement

L’Hippodrome de Douai
place du Barlet, 59500 Douai
Théâtre d’Arras, 7 Place du Théâtre, 62000 Arras. Tél. : 03 21 71 66 16. www.theatredarras.com. L’Hippodrome de Douai – Scène nationale, place du Barlet, 59500 Douai. Tél. : 03 27 99 66 66. www.hippodromedouai.com
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