La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Gertrud

Gertrud - Critique sortie Théâtre Paris Le Monfort
Des êtres désespérés malgré les tentatives pour briser la solitude. Crédit photo : DR

Le Monfort / D’après Hjalmar Söderberg / Mise en scène Jean-Pierre Baro

Publié le 26 novembre 2014 - N° 227

Le metteur en scène Jean-Pierre Baro porte à la scène l’œuvre du suédois Hjalmar Söderberg, et ne parvient pas à donner chair au texte romantique qui exacerbe le conflit entre sentiment amoureux et ambition.

« Oh, aimer… C’est un si grand mot. » lâche Gertrud dans un soupir tâché d’amertume. Elle vient d’annoncer à son mari, ministre en puissance, qu’elle reprend sa liberté, après six ans de mariage. Elle le quitte pour un jeune pianiste compositeur qui a foudroyé son cœur. Cantatrice éprise d’amour fou, elle refuse d’en ternir l’éclat sous la patine des compromis grisâtres, d’en étouffer la flamme sous l’eau courante du quotidien. Elle ne veut le vivre que total et transcendant, assez grand pour emplir le vide et la solitude immense qui gisent en elle, quitte à brûler toute sagesse ou à rompre. C’est le destin tragique de cette femme désespérément en quête d’un amour absolu que tisse Hjalmar Söderberg, romancier et journaliste suédois (1869-1941) peu connu en France, qui brode cette pièce sur une trame autobiographique. L’intrigue se noue d’ailleurs autour du retour au pays d’un auteur célèbre, qui fut la précédente passion de Gertrud et qu’elle abandonna parce qu’il briguait la réalisation de son œuvre par-dessus tout. Au cours d’une soirée donnée en son honneur, se croisent les trois amants : l’homme politique, l’écrivain, le compositeur, soit trois figures symboliques d’une société bourgeoise de la fin du 19e siècle.

 

Triste figure de l’arrivisme

 

Söderberg cherche en effet à montrer le conflit entre l’emprise du sentiment amoureux et l’ambition de réussite sociale qui souvent finit par l’emporter. Par la radicalité de son exigence, Gertrud gratte au sang les masques pour révéler la triste figure de l’arrivisme comme des renoncements ordinaires. « Je crois à la volupté de la chair et à l’irrémédiable solitude de l’âme. » conclut-elle, reprenant ce qui fut autrefois le crédo de l’écrivain. Il n’est pas sûr que Söderberg ait le talent de son aîné norvégien, Ibsen, dont l’influence semble guider certains traits de l’histoire et le dessin des caractères. La vivacité des dialogues est sans cesse lestée par le récit que font les personnages pour expliquer le passé et la situation. Jean-Pierre Baro, dont les précédentes mises en scène témoignaient d’une grande pertinence dramaturgique, ne parvient pas à se dépêtrer de tous ses mots. En dépit d’une scénographie de grande intelligence qui agit comme révélateur du cheminement intérieur des êtres, les comédiens peinent à donner chair à ce texte d’une grandiloquence romantique un peu désuète. La critique politique du coup s’estompe.

A propos de l'événement

Gertrud
du Mardi 25 novembre 2014 au Vendredi 30 janvier 2015
Le Monfort
106 Rue Brancion, 75015 Paris, France

Jusqu’au 13 décembre 2014, à 20h30, relâche dimanche. Tél. : 01 56 08 33 88. Durée : 2h15. Puis le 16 janvier au Théâtre Paul-Éluard, à Choisy-le-Roi, les 27, 28, 29, 30 janvier au Théâtre de Sartrouville.


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