La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Rodolphe Dana / Jouer collectif

Rodolphe Dana / Jouer collectif - Critique sortie Théâtre Nantes Le Grand T
Rodolphe Dana. CR: Jean-Louis Fernandez

Grand T / Théâtre de la Colline / Platonov / de Tchekhov / création collective les Possédés / Entretien Rodolphe Dana

Dix ans après Oncle Vania, le collectif les Possédés retrouve Tchekhov pour un Platonov qui voit Emmanuelle Devos rejoindre la troupe. Entretien avec la figure de proue du collectif, Rodolphe Dana.

Vous présentez Platonov comme une création collective, qu’est-ce que cela signifie dans les faits ?

Rodolphe Dana : Le collectif des Possédés existe depuis dix ans et nous avons pour habitude d’être rigoureux et francs lors de nos répétitions. Création collective, ça veut donc dire que chaque acteur participe aux choix d’interprétation, de costumes, de scénographie, de lumières…, et que chacun fait des retours sur les autres en répétition, comme lors des notes après les représentations. Tout le monde prend la parole et nous cherchons le consensus. En cas d’impossibilité, je tranche en dernier lieu. 

Le collectif des Possédés a une identité forte dans le jeu scénique, à quoi l’attribuez-vous   ?

R.D. : Nous passons beaucoup de temps à table pour cerner les enjeux dramatiques d’une phrase, puis d’une scène, et enfin d’un acte. Puis, on se lance sur le plateau pour voir si le corps infirme ou confirme ce qu’on a pensé. Sur scène, le corps et le présent doivent primer sur le comment dire. L’idée c’est d’instiller, lors des représentations, de l’inconfort, des accidents – changer des inflexions, une position dans l’espace –, afin de ne pas rentrer dans la routine. Pour cela, il faut préalablement maîtriser ce qu’il y a à faire mais aussi être dans une grande écoute pour pouvoir se déstabiliser les uns les autres.

« L’idée c’est d’instiller, lors des représentations, de l’inconfort, des accidents. »

Comment Emmanuelle Devos s’est-elle intégrée dans ce collectif   ?

R.D. : Emmanuelle n’avait pas l’habitude de ce genre de processus mais d’un théâtre plus classique avec un metteur en scène qui dirige l’ensemble. Je l’ai invitée à voir nos pièces ainsi que des répétitions afin qu’elle comprenne les mécanismes de ce qui peut paraître chaotique. Dans notre travail, il y a des phases où on peut paraître perdu. Petit à petit, Emmanuelle a pris ses marques, intégré les règles du jeu, et je crois qu’elle apprécie aujourd’hui notre manière de fonctionner. 

Platonov perpétue-t-il votre goût pour un théâtre noir et potentiellement drôle   ?

R.D. : Dans Platonov, un monde s’écroule et s’ouvre sur un autre dépourvu de vision nouvelle. La communauté s’en remet à Platonov comme guide, qui ne peut malheureusement pas lui apporter grand-chose en retour. On retrouve cet équilibre tragi-comique qu’il pouvait y avoir dans Merlin de Tankred Dorst. Tchekhov se moque de ces romantiques idéalistes et nihilistes qui n’ont jamais travaillé, mais il instille aussi cette question de l’échec, du sentiment que la vie qu’on vit n’est pas celle qu’on voulait, qui rend ses pièces intemporelles.

 

Propos recueillis par Eric Demey

A propos de l'événement

Jouer collectif
du Mercredi 10 décembre 2014 au Samedi 20 décembre 2014
Le Grand T
84 Rue Général Buat, 44000 Nantes, France

Tel  : 02 51 88 25 25. Théâtre national de la Colline, 15 rue Malte Brun, 75020 Paris. Du 8 janvier au 8 février. Tél : 01 44 62 52 52. Puis en tournée. Durée : 3h40. 


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