La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Fraternité, Conte fantastique de Caroline Guiela Nguyen au TNS

Fraternité, Conte fantastique de Caroline Guiela Nguyen au TNS - Critique sortie Théâtre Strasbourg Théâtre National de Strasbourg
FRATERNITE, CONTE FANTASTIQUE La Fabrica Mise en scene Caroline Guiela Nguyen, Collaboration artistique Claire Calvi, Dramaturgie Hugo Soubise, Manon Worms, Lumiere Jeremie Papin, Scenographie Alice Duchange, Musique et son Teddy Gauliat Pitois (composition), Antoine Richard, Avec Dan Artus, Saadi Bahri, Boutaina El Fekkak, Hoonaz Ghojallu, Maimouna Keita, Nanii, Elios Noel, Alix Petris, Saaphyra, Vasanth Selvam, Anh Tran Nghia, Hiep Tran Nghia, Mahia Zrouki Texte Caroline Guiela Nguyen en collaboration avec l ensemble de l equipe artistique.

Reprise / Théâtre National de Strasbourg / Texte et mise en scène Caroline Guiela Nguyen

Publié le 17 décembre 2022 - N° 306

Avec sa compagnie Les Hommes Approximatifs, Caroline Guiela Nguyen reprend cette fable fantastique inscrite dans un cycle de créations intitulé Fraternité. Elle vise à donner corps au concept, à créer un touchant théâtre de la réparation.

L’un des thèmes de prédilection de Caroline Guiela Nguyen est le temps, maître insaisissable de nos vies, dont on dit qu’il avance en conjuguant passé, présent et futur. Le temps et les manières qu’ont les hommes de faire lien, de se débrouiller avec la transmission et la perte, la mémoire et l’oubli. On se souvient de Saïgon, remarquable et bouleversant spectacle conçu entre France et Vietnam avec des comédiens professionnels et non-professionnels, nourri d’histoires douloureuses traversant les générations de 1956 à 1996.  Comme Saïgon, Fraternité, Conte fantastique est imprégné de chagrins et de larmes, mais cependant moins ancré dans l’Histoire. Il nous transporte en effet dans un espace-temps fantastique, dans un « Centre de soin et de consolation », où se retrouve un groupe de personnes qui ont perdu un être aimé : enfant, épouse, frère, mère… Suite à une catastrophe, à une Grande Éclipse, la moitié de l’humanité a disparu. La prise en charge par le personnel invite notamment à enregistrer un message audio d’une minute trente destiné à la personne disparue, dans une cabine spéciale. La peine est lourde, les cœurs ralentissent à sa mesure et l’attente a littéralement figé le temps. Le cosmos même réagit à la douleur des cœurs et les astres freinent leur course. À cour, les écrans reflètent l’alignement de l’univers, scruté par une scientifique anglophone de la NASA en quête de remède. Tous attendent une nouvelle éclipse qui peut-être ramènerait les absents au présent de la vie. Dans un second temps, une solution proposée impose à chacune ou chacun d’effacer intégralement ses souvenirs de la personne aimée à l’exception de trois d’entre eux consignés par écrit, un protocole rigoureux et cruel effectué par une machine. Ce qu’exprime cette situation qui télescope invention du futur et hyperréalisme, c’est le besoin de considérer l’autre comme un « frère humain ».
Le soin comme condition de survie
Comme à l’accoutumée, le travail résulte d’une phase préliminaire d’immersion, par exemple au sein du Bureau du Rétablissement des Liens Familiaux de la Croix-Rouge, dont le but est de retrouver des personnes disparues. À nouveau, Caroline Guiela Nguyen implique dans son projet des comédiens professionnels et non-professionnels, d’une grande diversité d’âges, de cultures et de langues – français, arabe, anglais, vietnamien…  Tous sont pleinement engagés, même si la qualité de leur jeu est inégale. C’est un peu comme si le groupe même était le personnage principal de la pièce, dans une mise en valeur des relations qui se tissent entre ses éléments, mais au détriment de l’épaisseur de chaque protagoniste. Parce qu’elle est enracinée dans des états émotionnels plus que dans une histoire précise, la première partie de la pièce est trop étirée et diluée alors que la seconde, qui dénoue plus ou moins les fils du suspense, s’avère plus concentrée, plus tangible. Même si la pièce est moins aboutie que Saïgon, elle confirme le talent de Caroline Guiela Nguyen et des membres de sa compagnie Les Hommes Approximatifs, qui créent un langage scénique singulier, une manière originale, révélatrice et touchante de se décaler du réel.
 
Agnès Santi

A propos de l'événement

Fraternité, Conte fantastique
du jeudi 12 janvier 2023 au vendredi 20 janvier 2023
Théâtre National de Strasbourg
1 Avenue de la Marseillaise, 67000 Strasbourg

à 20h, relâche le 15. Tél : 03 88 24 88 24. Durée : 3h avec entracte. Spectacle vu au Festival d’Avignon 2021. Également au Théâtre National de Nice, Nice les 2 et 3 février, à La Comédie de Clermont-Ferrand du 23 au 25 février, à Les théâtres de la ville de Luxembourg les 27 & 28 avril.


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