La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -261-Théâtre de Sartrouville et des Yvelines

We just wanted you to love us

We just wanted you to love us - Critique sortie Théâtre Sartrouville Théâtre de Sartrouville et des Yvelines - Centre Dramatique National.
L’autrice Magali Mougel © D.R. Le metteur en scène Philippe Baronnet © D.R.

Entretien Magali Mougel et Philippe Baronnet
Texte Magali Mougel / mes Philippe Baronnet / dès 13 ans

Publié le 8 décembre 2017 - N° 260

Le Théâtre de Sartrouville et des Yvelines a passé commande d’un texte à Magali Mougel. Mis en scène par Philippe Baronnet, ce spectacle conçu pour des salles de classe explore sans tabou le thème du harcèlement au collège du point de vue des harceleurs.

Magali Mougel : « J’ai choisi de parler du harcèlement mais du côté de celui qui harcèle. »

Philippe Baronnet : « Le harcèlement est une herse, c’est la terre qu’on retourne pendant des mois et des mois. »

Pourquoi avoir choisi la thématique du harcèlement ?

Magali Mougel :  J’ai choisi de parler du harcèlement mais du côté de celui qui harcèle. Comment s’enclenche un phénomène de groupe ? Comment arrive-t-on à éprouver une détestation absolue d’une personne qui est face à soi ? Comment la machine se met-elle en place pour arriver à un endroit totalement délirant de violence vis-à-vis d’autrui ? Mais quand on s’attaque à une grande thématique, on s’aperçoit qu’elle est sous-tendue par des tas d’autre thématiques. Parler de harcèlement, c’est aussi voir ce qui déclenche cela. Ce n’est pas seulement de la folie. On voit bien que d’autres choses agissent : ce peut être la violence du monde qui traite mal les travailleurs, la façon dont les images qu’on passe à la télévision créent des clivages, ou encore la peur d’autrui générée par les attentats ou les guerres…

Philippe Baronnet :  Ce point de vue, c’est ce qui m’intéressait dans cette histoire de deux stars du collège qui deviennent à un moment des harceleurs alors que souvent, les pièces jeune public se placent du côté des victimes. C’est captivant de démonter le mythe. C’est une manière de sortir du manichéisme : il ne s’agit pas de sauver les harceleurs mais d’aller voir que derrière le monstre, il y a toujours un être humain. Souvent, le harceleur a lui-même été harcelé, le bourreau de l’école est peut-être la victime à la maison. S’ajoute la question du groupe, la manière dont la salle de classe peut exacerber des sentiments très forts et faire perdre le libre arbitre.

La pièce donne l’impression que tout le monde est ou a pu être un harceleur, et cela commence souvent par le rire.

Ph. B. : C’est très difficile de savoir ce qui s’est cristallisé à l’enfance ou l’adolescence, qui a pu être traumatisé par une petite blague. C’est un âge où on a tous été cruel à un moment donné. Mais le harcèlement a cela de plus que c’est une herse, c’est la terre qu’on retourne, pendant des mois et des mois. On a tous été à un moment donné bouffé par le groupe. Le groupe dispose d’une volonté pour l’individu, c’est drôle donc on continue, or à ce moment-là, c’est très difficile d’arriver à dire stop. La question la plus intéressante, c’est peut-être que les jeunes spectateurs qui voient la pièce ne se placent ni du côté du harceleur ni du côté de la victime mais du côté du tiers : qu’est-ce que je ferais si j’étais dans cette situation-là ? Est-ce que j’oserais dire stop, est-ce que j’aurais le courage d’en parler ?

M. M. : Oui, et il n’y a pas que quand on est enfant que ces questions se posent. Si on regarde ce qui se passe sur les lieux de travail, la violence est omniprésente. A partir du moment où pointe la différence d’identité de l’autre et qu’on s’en amuse, on a mis le doigt dans l’engrenage.

Est-ce qu’écrire ou mettre en scène pour le jeune public change votre façon de travailler ?

M. M. : Les questions, les exigences sont les mêmes, mais c’est un endroit où j’ai l’impression d’être plus libre. Un adulte a une idée de ce qu’est le théâtre. Un enfant ne s’en préoccupe pas, il prend ce qu’on lui propose pour argent comptant, sans avoir un avis surplombant sur la forme. Il a peut-être une candeur pour accueillir des expériences théâtrales plus généreuse que le public adulte. Et les jeunes sont francs. Si c’est pourri, ils le disent !

Ph. B. : Je pense que je travaille de la même façon. Je fais juste attention à ne pas trop appuyer sur une corde. Au début, on a tendance à souligner beaucoup les choses, le rire par exemple, mais c’est inutile, les jeunes ont la même finesse que les adultes. C’est intéressant d’aller chercher des choses en demi-teintes avec eux aussi. Ils ont beaucoup de choses à dire sur le théâtre, sur l’art, sur les acteurs, sur la façon d’interpréter une scène. Derrière leurs attitudes de façade, il se dégage beaucoup de poésie, de mélancolie. C’est important pour nous de renouveler notre manière de faire du théâtre au contact de la jeune génération parce qu’ils sont sensibles, ils nous disent ce qu’ils pensent. Moi, ça me revitalise !

 

Entretien réalisé par Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

We just wanted you to love us
du Lundi 15 janvier 2018 au Samedi 17 mars 2018
Théâtre de Sartrouville et des Yvelines - Centre Dramatique National.
Place Jacques Brel, 78500 Sartrouville, France

Création le lundi 15 janvier 2018 au collège Lamartine à Houilles.


Tournées des six créations dans le département des Yvelines du 15 janvier au 17 mars 2018. Puis tournées nationales.


Tel : 01 30 86 77 79.


www.theatre-sartrouville.com.


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