La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -189-chaillot

Vincent Macaigne

Vincent Macaigne - Critique sortie Théâtre
© D. R.

Publié le 10 juin 2011

Prendre le risque de laisser un cadavre…

Avec, comme point de départ, le conte originel danois dont Shakespeare s’est inspiré, Vincent Macaigne crée l’espace dans lequel explosent la violence et l’art d’un Hamlet en quête d’absolu.

« Travailler à partir de l’endroit où je suis mis en danger. » Vincent Macaigne
 
Vous dites d’Hamlet que c’est un appel à la colère. Pourquoi ?
Vincent Macaigne : Il y aura beaucoup d’humour dans ce spectacle que je veux très burlesque. Mais en même temps, c’est une fable sur la colère, comme celle d’un enfant qui a entendu une vérité et passe par plusieurs moyens différents pour parvenir à la dire. Je crois qu’Hamlet est une tragédie du ratage : celle de la vengeance qui nait, quand on entend une vérité et qu’on comprend que cette vérité peut être fausse. Pour moi, dans cette pièce, Claudius est autant victime qu’Hamlet. Après Requiem 3, qui racontait l’histoire de deux frères qui s’entre-tuent, et explorait l’origine du mal en montrant qu’il n’y a pas de réponse à cette question, je continue à interroger ce motif qui est, je crois, au cœur de toute tragédie.
 
Ce spectacle est-il une réécriture d’Hamlet ?
V. M. : Non. L’histoire est celle d’un prince d’un royaume relégué dont la seule distraction est le théâtre. Pour le reste, je me sens libre de réécrire et d’introduire d’autres textes. Il ne s’agit pas d’un Hamlet renouvelé ! A cet égard, la lecture de la pièce et du personnage est renouvelée depuis longtemps. Il s’agit plutôt d’exprimer quelque chose de personnel, ma vision intime et le rapport que j’entretiens à cette histoire.
 
Au moins j’aurai laissé un beau cadavre : tel est le titre du spectacle. Quel est son sens ?
V. M. : Je ne peux pas l’expliquer… C’est ma vie privée ! Je trouve que c’est un beau titre pour l’histoire d’Hamlet qui est une sorte de fuite en avant dans la mort, qui pourrait aussi être la fuite d’un artiste. Faire un spectacle c’est prendre le risque de laisser un cadavre, et c’est aussi la problématique d’Hamlet.
 
Peut-on dire alors que ce spectacle est shakespearien ?
V. M. : On travaille à partir du texte de Shakespeare mais on ne suit pas de ligne intellectuelle ou théorique. Il s’agit plutôt de suivre une ligne sensible, qui se dégage du travail et de ce qui fait sens pour nous, de ce qu’on a envie de dire. L’écriture se fait en amont, mais, au plateau, je réécris en fonction des comédiens, avec lesquels je travaille depuis longtemps et qui me connaissent. Par rapport à mes précédents spectacles, celui-là puisera encore plus sa force dans le jeu des comédiens, même s’il reste très visuel.
 
Cet Hamlet qui est le vôtre est-il contemporain ? Parle-t-il à son époque ?

V. M. : C’est un spectacle écrit par quelqu’un de notre époque, donc en cela, forcément, il est contemporain. Mais ce qui me pousse à créer n’est pas la vision que j’ai de mon époque. Il y a même, dans le motif sur lequel je travaille, quelque chose de très primaire et de très archaïque que je vais essayer de garder. Hamlet voit des spectres et veut faire couler le sang pour se venger. Le conte originel est brutal. Il n’y a pas de finesse là-dedans… C’est la psychanalyse, ce sont les lectures savantes qui ont inventé sa finesse ! En partant du conte originel danois, je peux sortir de ces stéréotypes de lecture et travailler à partir de l’endroit où ça me parle et où je suis mis en danger.

Propos recueillis par Catherine Robert


Au moins j’aurai laissé un beau cadavre,
d’après Hamlet, de Shakespeare, adaptation,
mise en scène et conception visuelle de Vincent Macaigne. Du 2 au 11 novembre 2011.

A propos de l'événement


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