La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -202-Comédie de Béthune

Une exploration du théâtre de l’intime

Une exploration du théâtre de l’intime - Critique sortie Théâtre Béthune La Comédie de Béthune
Crédits photos : DR

Adolphe / de Benjamin Constant / mes d’Antoine Lemaire

Antoine Lemaire adapte et met en scène Adolphe, l’œuvre maîtresse de Benjamin Constant. Dans le registre de la confession intime, le drame filmographique flirte avec le documentaire.

« On pénètre vraiment l’intériorité d’une pensée en mouvement. »

Pourquoi le choix de ce chef-d’œuvre romantique ? Comment l’avez-vous adapté ?

Antoine Lemaire : Le roman de Benjamin Constant m’est tombé entre les mains, par une espèce de heureux hasard.  En 2007, avec Instant T, création dont je suis l’auteur, la compagnie a amorcé un nouveau cycle. Alors que nous étions plutôt tournés vers les bruits du monde, nous nous sommes à ce moment-là engagés dans l’exploration d’un théâtre de l’intime. Deux années plus tard, naissait Tenderness, pièce que j’ai adaptée à partir du roman de David Herbert Lawrence, L’Amant de Lady Chatterley. Dans cette veine intimiste, sentimentale, Adolphe rassemble tous les thèmes qui m’intéressent. On pénètre vraiment l’intériorité d’une pensée en mouvement. Mon adaptation suit fidèlement le texte en ce qui concerne le héros. Mais j’ai eu plaisir à recréer le vécu féminin, à inventer le personnage d’Ellénore, qui dans le roman ne dit mots, pour lui donner la parole.

Sur quoi vous êtes-vous concentré en tant que metteur en scène ?

A. L. : L’adaptation cherche à amplifier l’effet cathartique par un biais cinématographique. Ce trait caractérise la compagnie depuis qu’elle existe. Avec Adolphe, qui se prête particulièrement bien à ce jeu, l’utilisation des artifices du septième art renforce l’impression de réalité jusqu’à flirter avec le genre documentaire. Aux monologues entrecoupés d’échanges du couple formé par Adolphe et Ellénore sur scène fait écho une série d’interventions filmées et projetées avec d’autres comédiens. Ces vraies-fausses interviews font rebondir le propos sur les questions de la séduction, du chagrin d’amour, de la rupture, de la passion amoureuse… Elles existent pour faire miroiter le vécu de chacun d’entre nous et favoriser l’appropriation du drame, pour mieux l’expurger.

Comment avez-vous choisi votre couple d’acteurs ? 

A. L. : Le choix des comédiens a été antérieur, non pas au choix de la pièce, mais à son écriture. J’écris toujours pour des comédiens avec cette ambition : renforcer l’impression de réel pour le spectateur. Et j’ai adapté Adolphe en pensant à ces deux comédiens-là, Chloé André et Sébastien Amblard, pour un jeu tout en subtilité, tout en nuance, absolument dépourvu d’envolées lyriques et totalement axé sur le dévoilement de l’intime. Ils sont les voix de deux cœurs qui s’épanchent, portées par le désir d’épancher tous les cœurs.

Propos recueillis par Marie-Emmanuelle Galfré

A propos de l'événement

Adolphe
du Mardi 20 novembre 2012 au Samedi 24 novembre 2012
La Comédie de Béthune
138, rue du 11 novembre, BP 631 Béthune cedex
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