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Focus -268-INA COLLECTION DE DVD « FILMS DE THEATRE »

UN CASSE DU CINÉMA SUR LE THÉÂTRE !

UN CASSE DU CINÉMA SUR LE THÉÂTRE ! - Critique sortie Théâtre
Anne Consigny et Benoît Jacquot (accroupi) sur le tournage de La Place royale. Photographie de Michel Lioret © La Sept/Arte – Ina – Théâtre de la Commune Pandora - 1993

ENTRETIEN > BRIGITTE JAQUES

Publié le 29 août 2018 - N° 268

Par deux fois, les mises en scène de Brigitte Jaques ont fait l’objet de films réalisés par Benoît Jacquot. Après le succès d’Elvire Jouvet 40, c’est La Place royale qui a suscité l’intérêt du réalisateur. Brigitte Jaques revient sur cette collaboration et plus généralement sur les liens entre théâtre et cinéma.

Comment a débuté votre première collaboration avec Benoît Jacquot ?

Brigitte Jaques : Avant même que je ne monte Elvire Jouvet 40, j’avais adoré les quelques films qu’il avait réalisés sur des artistes comme Merce Cunningham ou Alfred Deller. Il avait une façon de voir les choses qui m’avait beaucoup plu. Il m’a semblé que ne pourrait que l’intéresser mon travail sur Jouvet, ce grand homme de théâtre qui transmet quelque chose de l’essence même de notre art. J’ai créé la pièce à Strasbourg et ensuite nous avons fait reconstruire le premier décor en studio à l’INA. Le tournage a duré 15 jours. Pour chaque leçon de Jouvet, Benoît Jacquot a trouvé une façon de poser la caméra. Il a donné au film une atmosphère très années 1940, nimbée, et légèrement mystique, qui va parfaitement avec le projet.

« Benoît Jacquot fait un geste cinématographique tout en respectant le geste théâtral. »

Interveniez-vous pendant le tournage ?

B. J. : Non, ou peut-être sur des détails. Mais c’était un ami et la confiance que j’avais en lui était totale. Il y a un point qu’il n’a pas intégré dans le film : l’étoile juive dessinée à la craie sur le manteau de l’élève de Jouvet. C’était une scène très forte dans la pièce. Lui ne l’a pas traité comme cela, ce que je peux comprendre. Mais j’étais très heureuse de voir son travail de cinéaste et d’artiste devant mon propre travail.

Vous aviez accepté que ses films soient des objets différents de vos mises en scène ?

B. J. : Tout à fait. ­Pour La Place royale, c’était pareil. Je lui ai proposé d’en faire un film pare que je trouvais que l’intrigue ressemblait à ce qui lui importait dans son cinéma à l’époque : une histoire de couples très compliquée. La pièce est d’une modernité folle. Alidor a tellement peur de l’amour qu’il quitte la femme qu’il aime avec une violence inouïe. Il se coupe le bras mais en même temps il en jouit infiniment. J’ai fait connaître la pièce à Benoît Jacquot qui avait un peu peur des alexandrins. Il se demandait comment cela pouvait passer au cinéma. Il a quand même accepté car cela l’intéressait beaucoup. Il a juste demandé aux acteurs d’aller plus vite qu’au théâtre, ce qui a donné une très belle dynamique au film. Ce qui est très beau, c’est qu’il fait un acte de cinéma tout en respectant le geste théâtral. Il avait tourné caméra à l’épaule car le décor étant un café dont on voit les vitres, il ne fallait pas que les techniciens s’y reflètent. Lors du tournage, ils étaient tous cagoulés de noir. C’était vraiment comme un casse du cinéma sur le théâtre, j’adorais cette idée. Quant à Benoît Jacquot, qui était un peu réservé par rapport au théâtre à ce moment-là, tout à coup les expériences qu’il en a faites l’ont libéré vis-à-vis du corps, de l’acteur… Il m’avait même confié que quelque chose de nouveau lui était apparu au cinéma.

En plus de la dimension artistique, cette collection de films porte une vocation mémorielle. Est-ce important pour vous ?

B. J. : J’éprouve une gratitude infinie à l’égard de Benoît Jacquot d’avoir réalisé ces films et d’avoir senti comment il fallait les faire. Et aujourd’hui cela continue : les jeunes générations découvrent avec Elvire Jouvet 40 la parole de Jouvet sur le théâtre. Ils sont fascinés par La Place royale: ils comprennent comment faire de l’alexandrin un instrument de vie. Donc oui, ces films sont très importants pour moi, cela raconte quelque chose de mon travail même si cela raconte aussi des choses qui appartiennent au cinéaste. J’aurais adoré continuer ce travail sur toutes mes autres pièces !

 

Propos recueillis par Isabelle Stibbe

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