La Terrasse

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Sylvain Maurice

Sylvain Maurice - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 septembre 2010

TOUTE LA VIOLENCE ET TOUT L’HUMOUR DE MARTIN CRIMP

Ecrite en 1988, Dealing with Clair (Claire en affaires) est l’une des premières pièces du dramaturge britannique Martin Crimp. Le metteur en scène Sylvain Maurice signe la création française de cette œuvre de jeunesse oscillant entre intrigue policière et drame psychologique.

Quel est le sujet de Dealing with Clair ?
Sylvain Maurice : Il s’agit d’un sujet assez quotidien, comme souvent chez Martin Crimp. Un jeune couple de « yuppies », Mike et Liz, vend sa maison londonienne à James, un quinquagénaire aisé, par l’intermédiaire d’un agent immobilier se prénommant Claire. Peu à peu, parallèlement à un jeu de séduction qui se noue entre cette dernière et l’acheteur, une sorte d’étrangeté naît et nous donne le vertige. Une étrangeté qui se construit à travers le langage – par le biais de déplacements, de petits dérapages, de lapsus – ainsi qu’à travers toute une série de questions qui se cristallisent autour du personnage de Claire et de son éventuelle disparition…
 
Chez Martin Crimp, une forme de violence sourde et menaçante n’est jamais très loin du quotidien. Comment cette violence surgit-elle dans cette pièce ?
S. M. : Elle surgit à de multiples endroits. Tout d’abord, à travers le personnage de James, qui est un homme complexe et trouble, un homme qui représente un mélange de donjuanisme et de machiavélisme, qui est porteur d’un imaginaire très intrigant. Malgré son apparence, c’est le personnage le plus dangereux, le plus terrible de la pièce. Il existe également une forme de violence sous-jacente chez Mike et Liz. A travers eux, Crimp peint un portrait au vitriol de la « middle class » progressiste britannique des années Blair, une classe qu’il connaît parfaitement puisqu’il en fait partie. Et puis, il y a le personnage de Claire qui va devenir, malgré elle, une proie et peut-être une victime expiatoire… 
 
« Peu à peu, une sorte d’étrangeté naît et nous donne le vertige. »
 
Toutes ces zones de violence, de dangerosité, se mêlent à un humour très particulier, un humour qui constitue l’autre point essentiel de cet univers théâtral…
S. M. : Oui. Un humour cruel, cynique, associé au personnage de James, et un autre, moins sombre, reposant sur le comportement de Mike et de Liz. Ces deux personnages – qui se débattent dans des choses grossières et hypocrites – nous font rire à leurs dépens. Et puis, la façon qu’ils ont de négocier entre eux en permanence, avec les ajustements de langage qui en découlent, crée des décalages et des mises en perspective très fines, très intéressantes.
 
Vous considérez Martin Crimp comme l’un des auteurs les plus importants du théâtre contemporain. Qu’est-ce que vous plaît le plus dans son écriture ?
S. M. : Martin Crimp fait partie des quelques auteurs contemporains qui réussissent à parler de choses actuelles, ancrées dans le présent, tout en inventant une dramaturgie unique, une dramaturgie profondément personnelle. C’est sans doute en cela que son théâtre, sans jamais aller du côté des pièces à thèses, rejoint une dimension fondamentalement politique. Martin Crimp déploie un imaginaire d’une grande richesse, un imaginaire qui passe par une relation au langage très particulière. Je trouve cette façon de conjuguer réel et abstraction absolument captivante.
 
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat


Dealing with Clair (Claire en affaires), de Martin Crimp (texte français de Jean-Pierre Vincent et Frédérique Plain) ; mise en scène de Sylvain Maurice. Du 1er au 5 mars 2011.

A propos de l'événement


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