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Focus -244-ORCHESTRE NATIONAL DE JAZZ

L’ONJ, fleuron de notre culture

L’ONJ, fleuron de notre culture - Critique sortie Jazz / Musiques
Olivier Benoit, directeur artistique de l’ONJ. © Denis Rouvre

Entretien Olivier Benoit

Publié le 25 mai 2016 - N° 244

A la tête de l’ONJ depuis janvier 2014, et aux commandes jusqu’en juin 2018, Olivier Benoit présente son projet, développé avec ses dix musiciens.

Vous avez débuté votre carrière lorsque l’ONJ se créait. Que représentait alors pour vous cet orchestre ?

Olivier Benoit : L’ONJ a toujours été et restera un symbole à plusieurs titres : celui de l’engagement de l’Etat pour la culture et plus précisément en faveur du jazz. C’est d’ailleurs l’un des rares orchestres nationaux de jazz pérennes dans le monde. L’entrée de l’ONJ dans le giron des orchestres nationaux est un symbole fort. Enfin, en tant que musicien, diriger cet orchestre représente une consécration, mais c’est aussi une importante responsabilité.

Etant guitariste, avez-vous notamment été marqué par l’ONJ de Claude Barthélemy ?

O. B. : Oui, par les deux ONJ qu’il a dirigés d’ailleurs, par la proximité due à l’instrument bien sûr, mais aussi parce que j’ai beaucoup côtoyé des musiciens qui évoluaient dans l’entourage de Claude. J’ai écouté tous les ONJ au fil de leurs apparitions, et ils m’ont tous marqué à leur manière. L’ONJ d’Antoine Hervé est par exemple un de mes premiers souvenirs de big band en concert, un grand moment !

« De par son renouvellement permanent, l’ONJ est le contraire d’une institution installée ! »

Plus tard, vous avez intégré l’ONJ de Paolo Damiani. Que vous a apporté cette collaboration ?

O. B. : J’ai appris à connaître de l’intérieur le fonctionnement de ce singulier ensemble, ce qui m’a beaucoup aidé pour proposer ma candidature près de dix ans plus tard. Cet ONJ m’a permis également de faire de très belles rencontres avec des musiciens tels Régis Huby, Thomas de Pourquery, Paul Rogers, Médéric Collignon, Christophe Marguet, Gianluca Petrella, entre autres, qui sont aujourd’hui des figures de la scène jazz européenne.

Comment peut-on concilier l’institution avec l’idée d’improvisation que porte le jazz ? 

O. B. : De par son renouvellement permanent, l’ONJ est le contraire d’une institution installée ! Son bilan, ce qu’il apporte depuis 30 ans au jazz, le nombre de talents qu’il a révélés sont la preuve qu’il est un outil indispensable. La liberté d’exploration y est passionnante. Depuis sa création, l’ONJ a accueilli dans ses rangs plus de 150 solistes, qui ont tous nourri de leur voix l’aventure collective. Il est fascinant de constater que chaque orchestre, de par son casting unique, a été le reflet d’une époque et de ses acteurs. L’ONJ a mis en lumière et accompagné plusieurs générations de musiciens et de compositeurs. Je suis moi-même très fier des artistes qui m’accompagnent, de ce que nous bâtissons.

Quel doit être le rôle d’un tel orchestre au sein du paysage sonore français ?

O. B. : Il a un rôle de représentation et de promotion du jazz de création dans toute sa diversité, c’est un fleuron de la culture française. Nous avons un devoir d’exemplarité et d’exigence artistique. Chaque musicien qui a dirigé l’orchestre a eu une vision, un projet fort. L’AJON (Association pour le Jazz en Orchestre National), structure porteuse de l’ONJ, offre pendant un temps donné la possibilité à un artiste d’accompagner son projet, de contribuer à son rayonnement en France et à l’étranger, avec l’ambition d’aller à la rencontre de nouveaux publics, en investissant par exemple des lieux peu habitués au jazz. Nous sommes ainsi en tournée depuis février 2016 dans des scènes de musiques actuelles.

Quelles sont les ambitions et orientations du projet que vous avez proposé pour l’ONJ ?

O. B. : Elles sont diverses. Ouvrir sur l’Europe avec le projet Europa, décloisonner les esthétiques, participer à l’évolution de la mission de Directeur artistique, initiée par l’AJON dès le mandat de Daniel Yvinec. C’est-à-dire penser au-delà de la musique, s’ouvrir à d’autres formes artistiques, investir un lieu d’expérimentation et de résidence, comme c’est le cas aujourd’hui au Carreau du Temple à Paris, accompagner les musiciens de l’orchestre dans la promotion des projets qu’ils développent au sein de la structure. Je cherche également à « pousser les murs » vers l’opéra et la musique contemporaine qui vit une incroyable transformation, à travers des collaborations avec des compositeurs et ensembles contemporains (Dedalus, Multilatérale), mais aussi vers la danse, la performance…

Pourquoi cette ouverture thématique vers l’Europe?

O. B. : Je suis un produit de la musique de création. Et pour qu’elle vive pleinement, cette musique ne doit pas se cantonner à la France, même si l’offre en termes de lieux de diffusion y demeure très riche. Je constate que les jeunes musiciens actuels sont bien plus mobiles que les générations précédentes. Ils n’hésitent pas à passer six mois à Stockholm ou à Lisbonne, à créer des collectifs transnationaux, à inviter des artistes étrangers. D’où l’idée de ces résidences itinérantes de création avec l’ONJ à Berlin, Oslo… En 2017 nous irons encore plus loin en exportant les programmes de l’orchestre vers d’autres continents, pour donner à entendre une certaine vision de l’Europe ailleurs dans le monde.

 

Propos recueillis par Jacques Denis.

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