La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -161-onde

Les Vivants et les Morts

Les Vivants et les Morts - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 octobre 2008

radiographie politique du monde du travail

Julien Bouffier adapte le bouleversant roman de Gérard Mordillat : un style concret, en prise directe avec le destin d’individus face à la catastrophe de la fermeture de leur usine. Entre passion et insurrection, la résistance est-elle possible ?

« A travers Les Vivants et les Morts, j’ai voulu rappeler que ces destructions d’emplois correspondent bien à des destructions de vies »  revendique Gérard Mordillat, l’auteur de ce roman bouleversant de vérité. Un roman qui passe par l’action, par la chair, les réflexions, les sentiments des personnages, sans narrateur omniscient expliquant, commentant ou digressant, sans manichéisme simpliste et affadissant. Un roman qui montre des destins individuels brisés par le licenciement, des personnes « à qui on a non seulement supprimé un travail, mais aussi une mémoire, un champ social et relationnel. Il faut bien prendre conscience que, symboliquement, un licenciement n’est rien d’autre qu’une mort. » Gérard Mordillat éclaire particulièrement les destins de Rudi, qui n’a pas 30 ans, et de Dallas, sa jeune femme, qui travaillent tous deux à l’usine de plastique, « la Kos », qui ferme. Au coeur de cette épopée d’une cinquantaine de personnages, l’auteur s’attache à « transcrire le tremblement et la chaleur de leur vie. » Un roman politique donc, qui dévoile toute la brutalité du système économique, fondé sur des règles comptables qui déshumanisent les relations et fragilisent l’existence.

L’illusion perpétuelle de la liberté

Après avoir créé la Saison 1Les corps domestiques de cette vaste fresque en 2007, Julien Bouffier crée cette année la Saison 2 – Encore. Pour l’adaptation scénique il s’est rapproché de l’univers familier de la télévision en réinvestissant les codes des séries télévisées. Le spectacle est découpé en sept épisodes, utilise des génériques, une bande son, des images, captations réalisées en direct ou vidéos préenregistrées. « Cette adaptation des Vivants et les Morts – entre sitcom, théâtre et cinéma – établit ainsi un nouveau rapport au plateau et à l’oralité ». Julien Bouffier travaille depuis quelques années sur le monde du travail, sur les luttes et les tensions sociales, les notions de communauté et de résistance au sein de l’entreprise. « Cette grande fresque démontre comment, aujourd’hui, le monde du travail nous asservit, comment il nous place dans l’illusion perpétuelle de la liberté » dit-il. Dans un univers intense et écrasant en prise directe avec la vie réelle, la pièce radiographie au scalpel les diverses formes de résistance que recherchent les individus face à la fermeture de l’usine.Ce théâtre populaire et exigeant à la fois construit un rapport original et quasi cinématographique au plateau, avec en plus la proximité des corps. Les spectateurs de l’Onde, avertis ou néophytes, sont invités à assister à l’intégrale de l’œuvre en neuf heures : une aventure commune rassemblant artistes et public. Pour le plaisir du partage, l’une des composantes essentielles du théâtre !

Agnès Santi


Les Vivants et les Morts de Gérard Mordillat, adaptation et mise en scène Julien Bouffier, le 24 janvier à 16h, Lecture par Les mots parleurs le 21 janvier à 20h30.

A propos de l'événement


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