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Focus -283-Festival Odyssées en Yvelines

Le Procès de Goku d’Anne Nguyen : la liberté de la création en question

Le Procès de Goku d’Anne Nguyen : la liberté de la création en question - Critique sortie Théâtre
Anne Nguyen Crédit : Philippe Gramard

Texte, chorégraphie et mise en scène Anne Nguyen / à partir de 13 ans
Entretien Anne Nguyen

Publié le 16 décembre 2019 - N° 283

Anne Nguyen est l’une des chorégraphes phare du hip-hop hexagonal. Elle crée Le Procès de Goku, une pièce de théâtre dansée tout aussi drôle que philosophique à destination des adolescents.

Le Procès de Goku est une pièce de théâtre dansée. C’est la première fois que vous écrivez un texte pour la scène, pourquoi avoir choisi ce medium ?

Anne Nguyen : Mes pièces sont habituellement uniquement chorégraphiques, même s’il m’est arrivé d’y faire des incursions de texte et si j’ai déjà écrit par ailleurs, notamment des poèmes et des articles sur la danse. Lorsque le CDN de Sartrouville m’a commandé une pièce, me laissant carte blanche avec pour seule contrainte de jouer dans une salle de classe, j’ai réfléchi à cette formidable opportunité qui m’était offerte de partager avec des jeunes pendant près d’une heure. L’utilisation du texte m’a paru importante. Ils sont à un âge où il y a tellement de choses à dire, et tellement de choses aussi qu’on a du mal à leur dire via les media traditionnels. Mais évidemment il n’y a pas que du texte, il y a aussi beaucoup de danse.

« Faire comprendre que juger des choses complexes fait appel à des valeurs profondes qu’il faut interroger. »

Pouvez-vous nous en résumer l’intrigue ?

A.N. : Le procès de Goku est un spectacle surprise. Les élèves sont dans leur salle de classe pensant que leur professeur va arriver mais c’est en fait un comédien jouant un juge qui s’introduit avec fracas, tape sur le bureau avec son marteau et fait entrer un accusé, un danseur nommé B-boy Goku qui se retrouve propulsé là, totalement déboussolé. Il lui est reproché d’avoir exécuté un mouvement, le King loop step, déposé par un autre danseur et qui relève donc du code de la propriété intellectuelle. Goku est en infraction parce qu’il a plagié. S’il reconnait aisément avoir effectué ce pas qu’il adore, il ne se sent pour autant pas coupable et tente de convaincre le juge que cela ne pose aucun problème. De son côté, le juge essaye de faire comprendre à Goku que le droit d’auteur est une protection du potentiel créatif de chaque individu. Les élèves, quant à eux, sont les jurés de ce procès, ils sont interpellés régulièrement et amenés à voter vers la fin du spectacle. Le nom B-boy Goku fait référence à Son Goku, le héros de Dragon Ball qui est lui-même inspiré d’une légende chinoise ancestrale mettant en scène le roi des singes qui par l’imitation, la malice arrive à l’intelligence. Comme Son Goku, mon personnage se prend pour un super-héros et défend un côté animal. Cela nous amène à nous demander si l’on arrive à l’intelligence et à la création en étant des singes, en copiant, ou s’il y a chez les humains quelque chose d’autre, une petite étincelle que l’on ne peut imiter. Cette intrigue permet également de nourrir des réflexions sur l’utilité de la loi, sur ce que constitue un héritage, ce qu’est la liberté d’expression. Tout au long du spectacle, Goku esquisse des démonstrations qui témoignent de ce que veut dire pour lui la danse, de sa volonté de faire ce qu’il veut de son corps. Le juge ne va cesser de le contredire et tout cela va culminer dans un battle. Plus que la simple culpabilité ou non de ce danseur, ce qui se joue est une vision sur le statut et la responsabilité de l’artiste et de l’individu dans la société, le rapport de la loi avec l’innovation. Il n’y a pas un méchant et un gentil. Mon propos est de faire réfléchir les jeunes à une question qui n’offre pas de réponse fixe, de leur faire comprendre que juger des choses complexes fait appel à des valeurs profondes qu’il faut interroger.

C’est presque un cours de philosophie ?

A.N. : Oui quasiment, nous citons Anaxagore et d’autres philosophes grecs, Goethe, Karl Jung etc. Disons que c’est presque un cours sur l’importance de l’esprit analytique. Je cherche à dire aux jeunes que l’éducation, la connaissance ne sont pas une somme de données mais la capacité à analyser ces données sous différents prismes. En même temps, nous tâchons de les inspirer à travers deux figures vives, deux esprits rapides qui sont aussi physiquement impressionnants, deux modèles de comportements qui sont chacun exemplaire à leur manière. Cela étant dit, Le Procès de Goku est une pièce assez comique, elle n’est absolument pas traitée sur un ton doctoral. Je l’ai un peu écrite à la manière d’un stand up américain, les deux protagonistes sont dans une provocation constante.

Propos recueillis par Delphine Baffour

A propos de l'événement

Le Procès de Goku d’Anne Nguyen : la liberté de la création en question
du Samedi 25 janvier 2020 au Jeudi 30 janvier 2020


Au Théâtre de Sartrouville les 25, 28, 29 et 30 janvier 2020. Dans les Yvelines du 13 janvier au 14 mars 2020. Durée : 45 minutes.


 


 


Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, Centre dramatique national,


Place Jacques Brel, 78500 Sartrouville.


Festival Odyssées en Yvelines,


du 13 janvier au 14 mars 2020.


Tél : 01 30 86 77 79.


www.theatre-sartrouville.com


 


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