La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -197-THÉÂTRE EN MAI

JEAN-LOUIS HOURDIN et FRANÇOIS CHATTOT

JEAN-LOUIS HOURDIN et FRANÇOIS CHATTOT - Critique sortie Théâtre
Le camion des récits de Jean-Louis Hourdin, Christian Jehanin, Martine Schambacher et François Chattot.

Publié le 10 avril 2012

LA PENSEE RESISTE A LA CRISE

PETITE UNIVERSITE POETIQUE ET POLITIQUE AMBULANTE, LE NOUVEAU SPECTACLE DES COPAINS BOURGUIGNONS EST UNE JOYEUSE ARME DE RESISTANCE A LA MOROSITE ET A LA FRILOSITE DU PRET-A-PENSER AMBIANT.

« On est là pour donner de l’énergie et des outils pour cette énergie. » François Chattot
 
Vous présentez ce spectacle comme une sorte de « petite fête de l’Huma portative ». Pourquoi ?
Jean-Louis Hourdin : Dans l’allée centrale de la fête de l’Huma, on croise des hommes, venus du monde entier, et qui parlent de changer les choses. C’est ce bruissement de la pensée que nous voulons reproduire. On a envie de parler des analyses de Christophe Dejours, de l’école de Chicago et du capitalisme de la catastrophe, de reprendre les poèmes de Brecht, des textes de Bourdieu, de Rancière, le monologue d’Harpagon, en interprétant des sketches, des chansons, en évoquant l’Islande, les retraites, pour aider à élucider la mondialisation contemporaine de l’économie, en petits militants de la pensée ! Parce qu’il faut continuer à dire le scandale de tout cela. Crier résistance, faire du théâtre, c’est ça.
François Chattot : L’esprit de ce spectacle, c’est d’essayer d’imiter ce chemin de la pensée qu’on trouve à la fête de l’Humanité, où ça discute sans arrêt. Il s’agit d’alimenter ce que Hourdin appelle « l’établi de la pensée », où jamais les choses de sont acquises. Il faut parler, parler, et encore parler, comme disait Dario Fo, parce que c’est comme ça que les choses s’exhortent. Face aux situations économiques et géopolitiques, les citoyens n’ont plus droit à la parole. Elle est confisquée par les spécialistes. Ce spectacle naît du désir de retour à la parole, qui est la racine du métier théâtral.
 
Pensez-vous que cette parole puisse agir ?
J.-L. H. : Oui ! Nous avons l’orgueil inouï de croire que ça peut changer les choses, et que mieux vaut une action minimale intelligente plutôt que d’accepter de brader les êtres aux puissances d’argent qui les piétinent. Peut-être qu’on se trompe, peut-être qu’on reste des enfants, mais on continue de penser que sauter sur un tréteau fait avancer les choses. Faire cela, c’est faire de la politique, pas de façon didactique, mais de façon humaine et joyeuse. Face à la situation qui s’aggrave, sommes-nous acteurs ou citoyens ? Le monde va de façon terrible et inhumaine. Les politiques sont attablés à la table des maîtres : nous, les petits, nous montons sur des tréteaux pour parler du drame commun. Et nous en parlons joyeusement, essayant d’aider la communauté à rester droite dans la catastrophe.
 
Comment vous y prenez-vous pour rendre cette parole accessible à tous ?
F. C. : La République nous donne encore des miettes pour porter notre travail en région. On va donc aller promener ce petit stand ambulant. Nous aurons un petit camion, avec un haillon qui s’ouvre, comme un castelet, et, à l’arrière, une remorque pour transporter les bancs et les chaises. Pendant tout le mois de juin, on jouera en plein air, dans les villages. On va faire les bonimenteurs comme sur les foires du Moyen Age, dans cette tradition farcesque où on raconte au plus grand nombre des histoires qui font à la fois rire et pleurer.
 
Pensez-vous que l’exercice soit efficace ?
F. C. : Il ne s’agit pas de donner des leçons, des conseils, ni de faire la morale. On est là pour donner de l’énergie et des outils pour cette énergie, face à la fatalité de l’Histoire. Il faut que le théâtre soit ce réservoir à énergie, indispensable au fonctionnement de l’humain. Les hommes ont besoin de spiritualité, qui renvoie à ce besoin ancestral de se retrouver devant un feu au pied d’un récitant. La tribu humaine a besoin d’un récit. Notre camion sera donc le petit camion du récit.

Propos recueillis par Catherine Robert


Et si on s’y mettait tous ! L’Art de faire de la vérité une arme maniable, conception et jeu François Chattot, Jean-Louis Hourdin, Christian Jehanin et Martine Schambacher. Du 23 au 27 mai au Jardin
du Musée archéologique. En tournée dans les villages de Bourgogne en juin.

A propos de l'événement


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