La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -163-forum

Javier Vallejo

Javier Vallejo - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 décembre 2008

L’Espagne, une scène plurielle

Critique à El Pais, premier quotidien espagnol, Javier Vallejo, membre du comité directeur du Forum, arpente depuis longtemps le paysage théâtral hispanique. Il trace ici quelques lignes de force.

Après un long hiver franquiste le théâtre espagnol a connu une belle effervescence, dans l’élan de la movida madrilène des années 80. Qu’en est-il aujourd’hui ?
La scène espagnole est plurielle, d’autant que les identités régionales restent très affirmées. Dans notre démocratie décentralisée, les régions ont statut de communautés autonomes et mènent leur politique culturelle. Si Madrid constitue un pôle important, chaque région possède ses caractéristiques. Trois réseaux se jouxtent, voire s’entrecroisent. D’une part, un théâtre privé foisonnant, des structures publiques qui présentent souvent des classiques européens, plus ou moins dépoussiérés, des auteurs vivants reconnus (Juan Mayorga, Sergi Belbel, Lluïsa Cunillé, etc.) mais aussi des productions commerciales, et une kyrielle de salles indépendantes, surtout à Madrid et Barcelone, un peu à Séville et Valence. C’est dans ces petits lieux alternatifs, à l’économie précaire, que débutent la plupart des jeunes auteurs et metteurs en scène, là que se produisent les artistes les plus novateurs, comme Rodrigo Garcia. Certains auteurs passent d’un réseau à l’autre. Beaucoup de dramaturges ont émergé en Catalogne depuis huit ans, à la faveur de la politique de résidence d’écriture menée par le Théâtre National de Catalogne, dirigé par Sergi Belbel. Les spectacles étrangers, présentés quasi-exclusivement dans le cadre de festivals, sont moins nombreux qu’en France. 
 
Comment le thème du forum, « pouvoir et théâtre, pouvoir du théâtre », résonne-t-il en Espagne ?
La question renvoie autant au rapport du théâtre avec les puissances financières, avec la pression d’une logique marchande de plus en plus pesante, qu’aux dangers du copinage et de la collusion entre créateurs et pouvoir, ou encore au théâtre comme lieu polémique d’une contestation possible. Je crois à cette vertu du théâtre. Récemment, Leo Bassi a conçu un « spectacle » qui se déroule durant une balade de huit heures en bus pour montrer « in situ » les dégâts que les promoteurs immobiliers font sur le territoire et le paysage. Programmé en octobre dernier dans le Festival AlterArte, il a été censuré à Murcia par un politique régional. Le directeur a donné sa démission et le spectacle s’est joué en dehors du programme officiel.
 
« Chaque pays doit s’attacher à faire fructifier son patrimoine national, sinon nous risquons de ne plus voir que des productions internationales uniformisées et fades. »
 
Voyez-vous se dessiner un théâtre européen ?
Nous partageons un berceau commun, apporté par les Grecs. Les différences liées aux cultures et traditions théâtrales nationales demeurent encore fortes, et heureusement. Cette diversité fait la richesse de la scène européenne. Chaque pays doit s’attacher à faire fructifier son patrimoine national, sinon nous risquons de ne plus voir que des productions internationales uniformisées et fades.
 
Entretien réalisé par Gwénola David


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