La Terrasse

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Entretien Olivier Py

Entretien Olivier Py - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 septembre 2008

Claudel, sublime et trivial

Admirable, divine, farcesque, voire potache : Olivier Py décongestionne la poésie claudélienne, trop souvent boursouflée par un lyrisme luxuriant sinon pompeux.

Vous revenez à Claudel avec le Soulier de satin. Pourquoi ?
Olivier Py : Cette œuvre me semble un trésor inépuisable… Elle pourrait tisser l’ouvrage d’une vie. Comme un tableau dont chaque génération viendrait enrichir les couleurs et les contrastes. Démesurée, la pièce ne l’est pas seulement par la durée, mais aussi par les thématiques qu’elle embrasse, par l’éclectisme des formes qu’elle choque, par le jeu d’acteurs qu’elle appelle. Y revenir nous permettra d’élucider quelques zones laissées obscures, de retravailler des scènes et d’approfondir certaines des questions abordées.
 
Lesquelles ?
O. P. : En 2003, j’avais creusé la dimension théologique, mais également la verve comique de Claudel, suivant en cela les indications de sa fille Renée Nantet. Je voudrais maintenant éclairer davantage les résonances politiques de l’œuvre. Avec Le Soulier de satin, qui situe l’action à la charnière des 16ème et 17ème siècles, lorsque les hommes découvrent la terre ronde, Claudel livre une vision de la globalisation étonnamment moderne. Farouche adversaire des frontières, théologiques tout autant que politiques, il conçoit l’internationalisation comme l’avènement d’une conscience globale et la réunion de la planète autour des valeurs humaines. Cette conviction prend forme dans son projet théâtral, qui donne une représentation du monde par les différents théâtres du monde. Il fut le premier à s’intéresser aux scènes chinoise et japonaise, qu’il a découvertes dans les années 20.
 
« Mon projet à l’Odéon d’un théâtre pour tous, exigeant et populaire. »
 
Dans votre mise en scène, vous rejoignez l’inspiration baroque de l’œuvre.
O. P. : La pièce assemble et frotte des éclats multiples, disparates, des styles extrêmement variés. A rebours d’un lyrisme élégant qui lisserait ces différences, la mise en scène doit faire tinter ce gigantesque bric-à-brac. Claudel veut en finir avec l’académisme ! Il réfute au passage tous les adjectifs dont il fut affublé : misogyne, ennuyeux, nationaliste, antisémite, prosélyte… autant de mauvaises caricatures.
 
Vous présenterez d’autre part trois pièces pour enfants, tirées des contes de Grimm.
O. P. : Les spectacles jeune public participent pleinement de mon projet à l’Odéon d’un théâtre pour tous, exigeant et populaire. Les contes de Grimm figurent parmi mes livres de chevet. Ils s’appuient sur une dramaturgie imparable et posent des repères fondamentaux. Le théâtre pour la jeunesse doit être concis, clair, ludique, moral, dans le bon sens du terme. On n’a pas le droit de désespérer un enfant.
 
Entretien réalisé par Gwénola David


Le Soulier de satin, de Paul Claudel ; mise en scène d’Olivier Py. Du 7 au 29 mars 2009. Première partie le mercredi à 18h30 ; deuxième partie le jeudi à 18h30 ; intégrale le samedi et le dimanche à 13h à l’Odéon(6eme). Trois contes de Grimm (La jeune Fille, le diable et le moulin / L’Eau de la vie / La vraie Fiancée), du 23 décembre 2008 au 18 janvier 2009 aux Ateliers Berthier (17ème).

A propos de l'événement


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