La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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Entretien Stéphane Braunschweig

Entretien Stéphane Braunschweig - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 septembre 2008

Descente dans les ténèbres de l’âme

Après Le Misanthrope, Stéphane Braunschweig crée Tartuffe, pièce dont Orgon est le personnage principal en dissidence avec sa propre vie, incarné sur le plateau par Claude Duparfait.

Comment du Misanthrope êtes-vous passé au Tartuffe ?
Stéphane Braunschweig : J’ai monté en 2003 Le Misanthrope de façon contemporaine, j’ai voulu à la fois revenir à Molière et à l’acteur Claude Duparfait. La modernité du regard suppose de tout centrer sur le personnage d’Orgon ; Tartuffe n’apparaît sur scène qu’au troisième acte. La pièce raconte la folie d’Orgon et son aveuglement. Cet homme ne va pas bien et il a l’impression que Tartuffe est l’homme providentiel qui résoudra ses problèmes. Ce père de famille un peu dépassé éprouve une contradiction majeure entre la pulsion sensuelle et jalouse qu’il vit avec sa femme et le discours culpabilisant de sa mère. Sur ce, Tartuffe apparaît, répétant que le sexe et le plaisir sont la pire chose qui existe. C’est une façon de tout mettre à plat ou à bas.
 
Une telle problématique ne peut aller sans quelque gravité.
S. B. : Redécouvrir la pièce revient à la prendre très au sérieux sans négliger sa dimension comique qui exige beaucoup de chair et d’incarnation. Je n’ai pas voulu partir de la farce, mais j’ai voulu la retrouver en fin de partie. J’ai essayé de donner une épaisseur réelle aux personnages, même à Tartuffe. Ce qui est beau, c’est qu’il tombe dans l’amour lui aussi, il est piégé par le désir et par ce qu’il dénonce. Chez Molière, personne ne sort indemne.
 
« Molière montre que l’humain est agi par ses pulsions et ses aveuglements. »
 
Molière est-il un moraliste ?
S. B. : Il n’y a pas de morale dans son œuvre ; les personnages de Cléante et de Dorine qui tiennent le discours de la raison, du bon sens et du juste milieu s’épuisent en vain. Molière montre que l’humain est agi par ses pulsions et par ses aveuglements. À la différence du discours, le théâtre peut agir contre cette réalité, il permet l’ouverture du regard sur le monde.
 
Propos recueillis par Véronique Hotte


Tartuffe, de Molière, mise en scène de Stéphane Braunschweig. Du 17 septembre au 25 octobre 2008. Du mardi au vendredi à 20h ; le dimanche à 15hà l’Odéon (6eme).

A propos de l'événement


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