La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -161-sceaux

Entretien Nicolas Bouchaud

CONVERTIR LES CLASSIQUES EN ŒUVRES CONTEMPORAINES

APRES SES ADAPTATIONS D’ONCLE VANIA ET DES TROIS SŒURS D’ANTON TCHEKHOV, L’AUTEUR ET METTEUR EN SCENE ARGENTIN DANIEL VERONESE SE CONFRONTE A L’UNIVERS D’HENRIK IBSEN. IL SIGNE DES VERSIONS CONTEMPORAINES D’UNE MAISON DE POUPEE ET D’HEDDA GABLER.

Publié le 10 octobre 2008

Un collectif d’acteurs-poètes

Jean-François Sivadier, Nicolas Bouchaud, Gaël Baron, Charlotte Clamens et Valérie Dréville célèbrent ensemble le mystère claudélien d’un amour martial et sacrificiel.

Comment, après avoir joué la pièce en extérieur, revenir en salle ?
Nicolas Bouchaud : Cette pièce est souvent montée comme un drame bourgeois de l’adultère, or il y a en elle un souffle bien plus puissant. La jouer en extérieur, à la Carrière Boulbon à Avignon, a fait grandir encore cette dimension-là mais le passage de l’extérieur à l’intérieur présente l’intérêt d’obliger à une plus grande concentration des effets. La jouer en extérieur, dans un lieu naturel sauvage, constitue un bel écho à la présence très forte des éléments dans la poésie claudélienne ; le retour en salle doit faire en sorte de conserver ce côté élémentaire.
 
Comment éviter de réduire Partage de midi à un drame bourgeois ?
N. B. : Il s’agit en fait de ne jamais rester dans l’anecdote et d’éviter la conversation de croisière. L’originalité de l’écriture de Claudel est qu’elle est faite de genres différents. Cette écriture nous amène toujours ailleurs. Dans le jeu, il s’agit d’arriver à la fois à être dans la situation et à faire décoller le texte. Il faut donc trouver la verticalité de la langue et être toujours dans l’étonnement de ce qu’on dit. Le vrai travail avec Claudel, et qui n’est pas évident, c’est de travailler sur le présent de la représentation et d’essayer de débusquer les questions que pose la scène au-delà des personnages. Dans ce théâtre-là, vraiment, la parole est un acte.
 
« Dans ce théâtre-là, vraiment, la parole est un acte. »
 
Vous insistez sur la situation politique et historique de la pièce. Pourquoi ?
N. B. : Il y a une chose dans Partage de midi qu’on ne voit jamais, c’est que cette histoire d’amour prend place dans le contexte historique de la colonisation, au moment de la révolte des Chinois pendant la guerre des Boxers. Au troisième acte, la bombe au-dedans et la guerre en dehors : il y a vraiment du danger, ce qui renforce et stimule la pulsion érotique.
 
Pourquoi avoir choisi le collectif comme metteur en scène ?
N. B. : L’intelligence collective, dans une époque où prime l’individualité, est une vraie gageure. Ce projet n’est pas celui d’acteurs capricieux voulant se passer de metteur en scène. Cette fonction est tellement entrée dans les habitudes qu’il semble désormais naturel de demander à un seul d’être garant du sens du spectacle. Or le théâtre est profondément collectif. C’est dans et par cette aventure collective que chaque individualité peut trouver le sens de son engagement. Mais être en collectif, c’est plus lent, ça pose des questions sur le pouvoir, ça dérange toujours un peu… Ce projet est aussi la continuation d’un dialogue avec Vitez (avec lequel ont travaillé Charlotte Clamens et Valérie Dréville) et Gabily (avec lequel Jean-François Sivadier et moi avons travaillé). Leurs présences ont circulé entre nous et nous discutons encore avec eux qui donnaient des outils pour que l’acteur devienne créateur et poète.
 
Propos recueillis par Catherine Robert


Partage de midi, de Paul Claudel ; mise en scène collective de Gaël Baron, Nicolas Bouchaud, Charlotte Clamens, Valérie Dréville et Jean-François Sivadier. Du 12 au 23 novembre.

A propos de l'événement



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