La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -142-Une fête pour l?esprit !

Entretien : Célie Pauthe, metteuse en scène. Un art consommé de la dérision.

Entretien : Célie Pauthe, metteuse en scène.
Un art consommé de la dérision. - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 novembre 2006 - N° 142

Après quatre spectacles avec la complicité de Violaine Schwartz et Pierre
Baux, la comédienne Célie Pauthe, révélée par sa mise en scène de Quartett
de Heiner Müller, signe L’Ignorant et le fou de Thomas Bernhard.
L’intransigeance de l’auteur autrichien, son humour dévastateur et sa passion
pour les acteurs impressionnent la jeune femme généreusement impliquée.

Pourquoi avoir choisi L’Ignorant et le fou ?

C. P. : C’est peut-être la pièce la plus folle de Thomas Bernhard ; sa
structure est schizophrénique. On est dans la loge d’une cantatrice d’opéra
célèbre qui s’apprête à entrer en scène pour chanter pour la deux cent vingt
deuxième fois la Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée. Elle n?arrive
pas. Dans sa loge, attend son père alcoolique à moitié aveugle, ainsi qu’un
médecin. Tous les soirs, elle arrive plus tard. On entend par le retour le
public s’installer et l’opéra s’initier. Une tension intense s’affermit alors
que l’ouverture prend son envol. Tandis que le père éprouve une angoisse inouïe,
le médecin entreprend pour lui calmer les nerfs de raconter, étape par étape,
une autopsie médico-légale, qui va devenir comme un thème musical fugué
irriguant l’?uvre jusqu’à son point final.

L’autopsie propose la mise en lumière des pans d’ombre humains.

C. P. : La relation père/fille s’impose comme souvent chez Bernhard,
fondée sur l’amour/haine, un véritable enfer, une relation passionnelle
destructrice, un amour trop fort pour pouvoir se vivre. Plus on pénètre dans
l’intimité de ce couple infernal, plus l’autopsie au scalpel se fait précise.
C’est une pièce construite avec des inserts extraits des cours d’anatomie du
demi-frère de l’écrivain, médecin spécialiste des maladies internes.

« S’arrêter sur cette écriture, c’est s’engager de soi à soi dans une
authenticité radicale
. »

Le rapport à la maladie est récurrent dans cette ?uvre.

C. P. : L’auteur a passé trente ans de sa vie à lutter contre la
tuberculose, maladie de sa cantatrice. Une manière d’autoportrait comme si
l’?uvre entière était un journal intime sublime. L’oeuvre témoigne que le génie
est une maladie ou qu’il n?y a pas de génie sans maladie. C’est un théâtre
entier, franc et charnel. Pour transcrire la sensualité de ce théâtre, les
acteurs Daniel Affolter, Pierre Baux, Karen Rencurel, Violaine Schwartz et Fred
Ulysse. S’arrêter sur cette écriture, c’est s’engager de soi à soi dans une
authenticité radicale. Avec ce regard subversif sur la société viennoise, cette
bourgeoisie mélomane détestée et en laquelle il se reconnaissait…

Propos recueillis par Véronique Hotte

L’Ignorant et le fou de Thomas Bernhard, mise en scène de Célie Pauthe, du 29
mars au 13 avril 2007

A propos de l'événement



La Criée?Théâtre National de Marseille, 30 quai de Rive Neuve, 13284
Marseille Cedex. Tél : 04 91 54 70 54.

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