La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -263-Faizal Zeghoudi

Donner à ressentir l’état de nos sociétés

Donner à ressentir l’état de nos sociétés - Critique sortie Danse
Le chorégraphe Faizal Zeghoudi Crédit : Laurent Girardeau

Entretien / Faizal Zeghoudi

Publié le 12 février 2018 - N° 263

De No Land Demain ?, remarquable pièce créée en hommage aux réfugiés, à son prochain opus On n’a jamais vu une danseuse étoile noire à l’Opéra de Paris, Faizal Zeghoudi scrute les maux de nos sociétés.

Vous avez la réputation d’être un chorégraphe engagé. Vous reconnaissez-vous dans ce qualificatif ?

F. Z. : Oui. Je suis engagé, animé par des valeurs d’humanité. Je me préoccupe de ce qui se joue dans notre société, des interactions entre les gens, entre les cultures. Cela rejaillit bien évidemment sur mon travail artistique. Le mouvement, l’écriture de la danse, ne sont pas mon souci premier. Je mets les danseurs en situation d’improvisation, je leur demande d’aller chercher en eux des états similaires à ceux, universels, sur lesquels nous travaillons pour qu’ils les donnent à ressentir au public. Dans le cas de No Land demain ?, ma dernière pièce qui est un hommage aux réfugiés, nous avons travaillé sur l’angoisse, l’instinct de survie. C’est à partir de ces improvisations que les gestes se dessinent, que je les organise. Notre rôle en tant qu’artistes est d’aller chercher, de façonner, ces états de société, ces états émotionnels, et de les restituer dans une forme d’illusion, parce que, bien sûr, contrairement aux personnages de No land demain ?, nous ne risquons pas de nous faire tirer dessus tous les matins.

« Je me préoccupe de ce qui se joue dans notre société, des interactions entre les gens, entre les cultures. »

Pouvez-vous nous parler de votre prochain projet, On n’a jamais vu une danseuse étoile noire à l’Opéra de Paris ?

F. Z. : Le fait qu’il n’y ait pas de danseuse noire à l’Opéra de Paris me frappe depuis fort longtemps. Mais il ne s’agit pas pour moi de faire le procès de cette institution, de tenir un discours moralisateur. Dans cette nouvelle pièce je m’intéresse aux mécanismes du racisme. Pour mettre cette question à la bonne distance, il m’a semblé qu’il fallait en rire, décaler le propos. Nous allons prendre la scène de l’Opéra de Paris comme espace sociétal dans lequel deux sortes d’individus vont s’affronter. Les êtres supérieurs seront les danseurs, les êtres inférieurs seront les non danseurs. Ils donneront à l’attention du public une sorte de conférence, qui fera naître des situations dansées. Nous allons reprendre précisément tous les mécanismes du racisme sans jamais parler de noirs et de blancs, d’étrangers et d’autochtones. Seront présents sur le plateau une espèce de James Brown, une mini miss américaine, une sorte de Martha Graham et une Céline Dion. Ma volonté est de créer un contraste entre ces icônes américaines traitées de manière décalée, un peu grotesque, et la parole qui sera, elle, très sérieuse. Je travaille sur le texte avec l’écrivaine et dramaturge Noëlle Renaude qui a un talent extraordinaire. La création est prévue pour 2019.

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