La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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David Girondin Moab

David Girondin Moab - Critique sortie Théâtre
Crédit Photo : Gregory Marza Ombres, résonances, clairs-obscurs… Pour sa dernière création, David Girondin Moab met en scène Angélique Friant et Geoffroy Barbier dans Imomushi, de l’écrivain japonais Edogawa Ranpo. Un spectacle qui offre de troublantes perspectives sur la souffrance et la claustration.

Publié le 10 janvier 2009

La fulgurance de mondes frontières

C’est au sortir de l’Ecole supérieure nationale des arts de la marionnette de Charleville-Mézières que David Girondin Moab a créé la Compagnie Pseudonymo. Le metteur en scène et plasticien, âgé de 38 ans, revient sur les fondements de son univers artistique.

Vos spectacles mettent en présence comédiens et marionnettes. Quel est, selon vous, l’enjeu essentiel de cette confrontation ?
David Girondin Moab : Le travail de notre compagnie s’inscrit à l’endroit de la frontière, d’un espace-temps situé entre deux mondes : celui du mystère, de l’intériorité, de l’ombre, des revenants, des incertitudes métaphysiques, et celui de la lumière, du concret. C’est cette zone de l’entre-deux qui m’intéresse au théâtre, ce point de porosité entre le rêve et la réalité qui permet de faire surgir des questionnements sur la vie donnée à l’objet, sur l’illusion de recréer le vivant, sur l’énigme de l’existence et de l’origine. Or, il me semble que la confrontation des comédiens et des marionnettes, de personnages interprétés soit par des êtres vivants soit par des objets mis en mouvement intensifie ces interrogations et ces mises en perspectives.
 
De votre point de vue, la présence de l’humain sur scène est-elle fondamentale pour atteindre ces champs introspectifs ?
D. G. M. : Oui. Je pense que cette présence est nécessaire pour que le public bascule véritablement dans le monde de l’incertain et de l’obscurité. C’est l’humain qui incarne l’ouverture, le point de passage vers ces territoires. D’une certaine façon, la marionnette se trouve déjà entièrement du côté du rêve et de l’imaginaire. Ainsi, c’est la rencontre entre l’objet manipulé et le comédien qui crée la brèche permettant de voyager d’un univers à un autre, d’accéder à la source de ces réflexions sur l’illusion et la réalité.
 
« C’est la rencontre entre l’objet manipulé et le comédien qui crée la brèche permettant d’accéder à la source des réflexions sur l’illusion et la réalité. »
 
Pour vous, l’espace de la scène est donc avant tout un endroit de questionnements…
D. G. M. : Un endroit de questionnements et de fulgurances qui place le public face aux principes de vie et de mort, d’absence et de présence, de vies incarnées et de fantômes vivants. C’est en cela que l’utilisation de la marionnette me paraît essentielle : elle réinvestit de façon très profonde la dimension rituelle et magique du théâtre. Car lorsqu’un objet s’anime, même s’il s’agit d’un objet sommaire, on entre soudain dans une zone particulière de la réalité. Une zone qui interroge la dimension ontologique de ce qui se passe sur le plateau à travers toutes les possibilités d’apparitions et de disparitions qu’offre le théâtre. Nos spectacles ne font jamais l’économie de l’ombre de la mort. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles nous travaillons sur le fantastique et non sur le merveilleux. Car nous ne voulons occulter ni le danger, ni le doute. Lorsque l’on creuse la question de l’être et du vivant, on ne peut pas très longtemps laisser de côté la notion de disparition.
 
Comment procédez-vous à l’adaptation des œuvres que vous portez à la scène ?
D. G. M. : Nous établissons les points de convergence qui unissent l’univers de l’auteur et nos propres exigences théâtrales. D’une certaine façon, l’œuvre originelle est pour nous une source d’inspiration, un point de départ qui se propose à la scène. Nous ne cherchons jamais à retranscrire l’intégralité du texte. Nous centrons notre représentation sur ce qui nous semble essentiel, ce qui nous paraît constituer la colonne vertébrale du roman ou de la nouvelle que nous nous réapproprions. Au fur et à mesure de ce travail, un dépouillement des épisodes narratifs et des personnages s’opère pour laisser la place à d’autres langages, à d’autres formes d’écriture : l’image, le son… Nous souhaitons immerger le spectateur dans un climat, lui parler par le biais des sens, l’emmener jusqu’à cet endroit de passage que représente le plateau de théâtre.


Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

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