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Antonio Latella

Antonio Latella - Critique sortie Théâtre
Légende photo crédit Alessandro Genovesi Le voyage de Périclès, semé de pièges et d’embûches, dans la mise en scène d’Antonio Latella.

Publié le 10 novembre 2007

Périclès : le voyage polyglotte d’une âme

Antonio Latella a été en 2006 un des guides de la prestigieuse Ecole des Maîtres, créée en 1990 à l’initiative de cinq pays européens et dont le projet est de permettre la rencontre entre différents langages artistiques et différentes langues. Avec les élèves de l’atelier qu’il a dirigé, il met aujourd’hui en scène Périclès, épopée d’un prince condamné qui trouve le salut dans la fuite et le voyage.

Pourquoi avez-vous accepté cette double aventure : participer à l’Ecole des Maîtres et transformer ce travail d’atelier en spectacle ?

Antonio Latella :
L’invitation à l’École des Maîtres a été pour moi une chance pour un but très important dans mon travail : j’ai eu la possibilité de mieux comprendre combien la pédagogie et la mise en scène sont deux choses extrêmement différentes. Un metteur en scène appelé pour faire de la pédagogie avec une mise en scène ne peut pas être cohérent parce que le spectacle a ses règles et ses lois de fer qui obligent à se soustraire à la pédagogie. C’est la raison pour laquelle, pendant la première année du cours, j’ai cherché à faire seulement de la pédagogie. Ensuite une équipe s’est constituée ; j’ai voulu être fidèle à cette équipe et Périclès doit sa naissance à cette équipe guidée par moi en tant que metteur en scène et plus comme pédagogue.
 
Périclès est une aventure, une quête et un voyage : pourquoi avoir choisi de travailler sur cette dernière oeuvre de Shakespeare ?

A. L. :
Périclès est une pièce qui arrive juste avant Moby Dick, ma dernière création qui sera en scène à Paris au Théâtre de l’Odéon du 7 au 11 novembre et au mois de janvier au TNP de Villeurbanne, ma première maison française. Périclès, qui voyage d’une île à l’autre à la recherche d’un roi, d’un maître à suivre jusqu’au renoncement à la terre à cause de la souffrance que les dieux lui ont infligée, m’a donné le la pour comprendre Achab, dans Moby Dick : un homme de mer qui choisit de partir pour ne plus jamais revenir et plonge définitivement dans l’inconscient des abîmes, la dernière frontière de la connaissance.
 
« Le jeu est conçu comme le point principal de tout. »
 
Le creuset européen qu’a créé ce travail a-t-il été l’occasion de mesurer des différences dans la façon de faire du théâtre en Europe ?

A. L. :
Les acteurs et maintenant les amis de cette école m’ont permis de constater qu’il y a plusieurs différences entre les écoles de théâtre d’Europe. Les différentes méthodes, les différentes dispositions constituent une énorme force lorsqu’elles s’unissent pour devenir la seule langue indispensable, la langue du théâtre. En France, quand vous parlez de  « récitation », vous utilisez le mot « jouer ». Déjà en cela, il y a une énorme et magnifique différence par rapport à nous, les Italiens. Le jeu est alors conçu comme le point principal de tout. Jouer dans toutes les langues européennes nous a permis de naviguer et de nous perdre dans ces différentes langues pour retrouver une seule langue, celle des enfants, même de différentes nationalités, qui parlent seulement la langue du jeu.
 
Vous dites des personnages de Périclèsqu’ils composent ensemble « un choeur de l’âme » et de Périclès lui-même qu’il est un « voyageur de l’âme »: pouvez-vous expliciter cette double image ?

A. L. :
Périclès est appelé à être roi ; son trône l’attend. Mais il réussira à dire : « je suis le roi Périclès » seulement à la fin de son voyage, quand tous les pièges de la chair et du sang disparaissent pour donner à l’âme un lieu où pouvoir « être ». Voici donc l’homme qui retrouve son être et qui peut donner peut-être une réponse à la question : « Pourquoi y être ? », arrivé à la fin du voyage d’une longue vie.
 
Propos recueillis par Catherine Robert. Remerciements à Stefano Laguni pour la traduction de l’italien.


 
Périclès, de William Shakespeare, mise en scène d’Antonio Latella. Le 20 novembre à 20h30 et le 21 à 19h30.

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