La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Et si je les tuais tous Madame ?

Et si je les tuais tous Madame ? - Critique sortie Théâtre Paris Le Tarmac
Et si je les tuais tous Madame ? CR.DR

Publié le 21 février 2014 - N° 218

Entrelaçant musique et jeu théâtral, Aristide Tarnagda met en scène un quatuor d’acteurs qui dit  les déchirures de l’exil.  

Avec sobriété et limpidité, Aristide Tarnagda met en scène des figures humaines insatisfaites, en attente et en colère, des figures archétypales simples et brutes, africaines et universelles en même temps. L’enjeu : partir ou rester, avec à l’horizon la réalisation de soi. En étant partagé entre des rêves, des illusions et des désillusions. En étant déraciné loin de ses proches qu’on souhaite pourtant rendre heureux. Pas question ici de contexte historique spécifique, c’est plutôt le sens de la vie qui est interrogé, l’impossibilité de vivre en accord avec son identité et ses valeurs, que ce soit  ici ou ailleurs, chez soi ou à l’étranger. D’autant que la misère, la détresse et la violence qui se dissémine  font partie du réel ou menacent d’en faire partie. Le personnage principal, Lamine, vit dans un endroit indéterminé, il a laissé derrière lui sa femme et son enfant, et cette situation d’exilé le déchire.

Etranger à soi

Quatre personnes investissent le plateau –  Hamidou BonssaLamine DiarraDavid Malgoubri et Salifou Ouedraogo – pour un texte en forme de monologue mais qui s’adresse à diverses personnes : Lamine interpelle une femme qui attend dans sa voiture à un feu rouge, son fils resté au pays, son ami, sa femme, sa mère, son père… Cette femme est-elle une occidentale aisée ? Est-elle burkinabée ? On ne sait pas, et cette part énigmatique, ainsi que la parole foisonnante et rageuse qui fuse et circule – plus ou moins incarnée – sont à certains moments de la pièce une force, et à d’autres une faiblesse. Très présents dans la mise en scène, les musiciens jouent ici aussi des rôles d’acteurs, Hamidou Bonssa avec ses chansons d’inspiration traditionnelle, et des membres du groupe de rap Faso Kombat, à la parole très engagée. L’interaction entre la musique et le jeu théâtral est plutôt une réussite. C’est le tourment de l’exil qui est montré, dans une société sans liens solidaires, un exil qui peut être aussi surtout intérieur, lorsque son être devient comme étranger à soi, s’avère tiraillé et soumis à des forces contradictoires, qui brisent le sentiment d’appartenance.

Agnès Santi

A propos de l'événement

Et si je les tuais tous Madame ?
du Lundi 10 mars 2014 au Samedi 15 mars 2014
Le Tarmac
159 Avenue Gambetta, 75020 Paris, France

Du 11 au 15 mars à 20h, jeudi à 14h30 et 20h, samedi à 16h. Tél : 01 43 64 80 80. Durée : 1h. Spectacle vu au Festival d’Avignon 2013.


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