La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Classique / Opéra - Entretien Maxime Pascal

Electrochoc

Electrochoc - Critique sortie Classique / Opéra Paris Athénée-Théâtre Louis-Jouvet
photo : Maxime Pascal

SCHOENBERG / MORTON FELDMAN / ATHENEE THEATRE LOUIS-JOUVET

Publié le 26 août 2013 - N° 212

A la tête de son aventureux ensemble (sonorisé) Le Balcon, qu’il a fondé en 2008, Maxime Pascal (né en 1985) entrechoque le célèbre mélodrame musical Pierrot lunaire de Schoenberg sur les poèmes d’Albert Giraud, œuvre où s’impose l’art singulier du sprechgesang (parlé-chanté),  et  Words and Music (Paroles et Musique), œuvre très rare pour sept instruments de Morton Feldman, conçue en 1977 sur un texte de Samuel Beckett pour une création radiophonique. Avec Damien Bigourdan (récitant), Nieto (scénographie et vidéo) et Florent Derex (projection sonore)

« Créer un spectacle total, dans lequel le public est au centre de l’oeuvre, proche des musiciens et des chanteurs. »

Quel est le projet général de votre ensemble Le Balcon?

Maxime Pascal : Le Balcon est un orchestre sonorisé à géométrie variable. Il est composé d’instrumentistes, de chanteurs, de compositeurs, d’ingénieurs du son et de techniciens. L’effectif vocal et instrumental change en fonction du répertoire. Tout ce que nous jouons (de l’opéra traditionnel à la création musicale la plus récente) est sonorisé, il y a un micro sur chaque instrument et le son est diffusé par un dispositif de haut-parleurs sur lequel nous travaillons depuis nos débuts. Cette idée est née de notre volonté de créer un spectacle total, dans lequel le public est au centre de l’oeuvre, proche des musiciens et des chanteurs. Elle est marquée par le fait que nous avons grandi dans les salles de cinéma et par l’héritage des opéras spectaculaires de Wagner et Stockhausen. Nous avons fondé ce projet avec l’ingénieur du son Florent Derex, le pianiste et chef de chant Alphonse Cemin et les compositeurs Juan-Pablo Carreño et Pedro Garcia-Velasquez.

Votre ensemble réunit lors de sa rentrée à l’Athénée, le Schoenberg du Pierrot Lunaire et l’univers de Morton Feldman…

M. P. : Leurs esthétiques sont très différentes. Chacun a un rapport au texte qui lui est propre. Dans le Pierrot Lunaire la musique augmente le texte, la moindre syllabe est figurée comme dans les madrigaux de la renaissance. Toute la richesse de l’oeuvre réside dans le fait que la musique raconte l’histoire. C’est d’ailleurs pour être directement en contact avec cette histoire que nous donnons l’oeuvre en français. Morton Feldman a lui une vision plus syncrétique de l’art, il compose avec les textes comme il compose avec les notes, il est séduit par la musique des mots.

Comment avez-vous travaillé avec Nieto qui signe la scénographie et la création vidéo du « concert »…

M. P. : Nieto est un vidéaste colombien très imaginatif, il est extrêmement virtuose sur le plan de l’animation.  J’ai travaillé avec lui sur les spectacles Plip de Pedro Garcia-Velasquez et Garras de oro de Juan-Pablo Carreño. L’univers du Pierrot Lunaire est morbide, sanglant, maladif et sexuel. Celui de Nieto également. Le comédien Damien Bigourdan sera seul en scène et évoluera dans un univers vidéo bien glauque, et Nieto va augmenter le caractère grimaçant qui ne demande qu’à jaillir de cette pièce.

Paroles et Musique réunit un texte de Beckett et une musique de Feldman. Parlez-nous de cette oeuvre peu jouée en France…

M. P. : Paroles et Musique est une pièce de théâtre radiophonique écrite en anglais puis en français par Samuel Beckett. L’histoire se passe dans un très vieux château dans lequel vit un très vieux roi nommé Croak. Croak a à sa disposition pour le divertir deux ménestrels qui jouent depuis des siècles le même spectacle tous les soirs. L’un d’eux s’appelle « Paroles » et est joué par un comédien. L’autre s’appelle « Musique » et est joué par un ensemble instrumental. Beckett a traité dans sa pièce le rôle de « Musique » comme s’il s’agissait d’un personnage de théâtre, il a noté en toutes lettres et sous forme de didascalies tout ce qu’il devait faire. Morton Feldman a ensuite traduit musicalement toutes ces interventions écrites par Beckett. Le plus fascinant dans cette œuvre, qui sera également donnée en français, est le fait qu’elle soit destinée à être jouée à la radio, les voix sont pensées pour être murmurées via des haut-parleurs, afin de percevoir les moindres soupirs et aspérités. C’est ce que j’aime, cela me rappelle les voix des conteurs sur les cassettes pour enfants.

 

 

Propos recueillis par Jean Lukas.

A propos de l'événement

Maxime Pascal
du Mercredi 25 septembre 2013 au Samedi 28 septembre 2013
Athénée-Théâtre Louis-Jouvet
7 rue Boudreau 75009 Paris
à 20h. Tél. 01 53 05 19 19.
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