La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Elisabeth Chailloux

Elisabeth Chailloux - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 novembre 2009

La vérité de l’illusion

Elisabeth Chailloux met en scène L’Illusion comique, de Corneille, éloge des vertus du théâtre et partition virevoltante qu’elle confie à une troupe de comédiens aguerris et virtuoses.

Pourquoi et comment avez-vous choisi cette pièce ?
Elisabeth Chailloux : Parce que c’est un joyau ! Le désir de la monter m’est venu quand Adel Hakim a monté Ce Soir on improvise de Pirandello où je jouais le rôle du metteur en scène. Toutes ces pièces qui mettent le théâtre en abyme sont fascinantes pour les gens de théâtre. Le monde est un théâtre où le théâtre, qui n’est qu’illusion, devient réalité : Shakespeare, Calderon, Pirandello nous le montrent et L’Illusion comique est sans doute la pièce qui exploite le mieux cette problématique. C’est une pièce qui est chaque fois renouvelée par celui qui s’en empare. Je monte en somme un des avatars de L’Illusion comique. En fait, on ne voit jamais cette pièce et on la redécouvre à chaque fois en fonction du regard du metteur en scène et de l’interprétation des acteurs.
 
Pourquoi ?
E. C. : Parce que c’est dans son écriture que Corneille fabrique ce qu’il appelle son « étrange monstre ». Au départ, il y a un drame : un père recherche son fils. On passe ensuite à la farce puis à la comédie amoureuse puis à nouveau au drame jusqu’à la tragédie. L’alexandrin de Corneille nous fait voyager par toutes ces étapes. Comme le dit Hamlet aux comédiens, la représentation révèle la vérité. On est un peu comme dans la caverne de Platon : ce qu’on perd du réel n’est en vérité qu’illusion. Le théâtre se fait révélateur pour les spectateurs comme pour le père, sorte de spectateur idéal. Comme il a maltraité son fils, il doit subir une épreuve et l’illusion est si puissante qu’il admet enfin la liberté de son fils et ses choix.
 
« On ne voit jamais cette pièce et on la redécouvre à chaque fois. »
 
Quels acteurs avez-vous choisis ?
E. C. : Pour jouer cette pièce, il faut des acteurs suffisamment virtuoses pour passer de la tragédie à la farce. Chaque scène est une feinte derrière laquelle s’en trouve une autre. Il faut que le public rit à la farce, qu’il ait le cœur qui batte au drame, qu’il frisonne et pleure à la tragédie. Et là, seul compte le travail des acteurs. C’est Frédéric Cherboeuf qui joue Clindor, le héros de cette histoire. Presque tous les comédiens sont des gens avec lesquels j’ai un lourd passé théâtral et dont je connais l’amplitude de jeu.
 
Où se trouve selon vous l’illusion ?
E. C. : Les acteurs doivent incarner les passions absolument et il faut qu’ils jouent tout avec la même vérité. L’illusion tient à la puissance d’incarnation des acteurs qui fait que le public y croit. Quand les gens vont au théâtre ils sont justement à la recherche de l’illusion dont ils savent parfaitement que c’est une fiction. Parce que la fiction est un moment de bonheur pour l’esprit. Corneille vise le bonheur du spectateur qui jouit d’avoir été mené en bateau et c’est bien ce que recherche aussi tout metteur en scène, pouvant dire, comme Pridamant à la fin de la pièce : « J’ai pris ma récompense en vous faisant plaisir. »
 
Propos recueillis par Catherine Robert


L’Illusion comique, de Corneille ; mise en scène d’Elisabeth Chailloux. Du 6 novembre au 3 décembre 2009. Mardi, mercredi, vendredi et samedi à 20h ; jeudi à 19h ; dimanche à 16h. Théâtre des Quartiers d’Ivry – Théâtre d’Ivry Antoine-Vitez, 1, rue Simon-Dereure, 94200 Ivry-sur-Seine. Réservations au 01 43 90 11 11.

A propos de l'événement



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