La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien

Dominique Hervieu

Dominique Hervieu - Critique sortie Danse
Crédit : IBO/SIPA

Publié le 10 mai 2010

Orphée : L’enchantement contre l’envoûtement

Depuis des siècles, Orphée charme les cœurs et titille les esprits créateurs. Dominique Hervieu et José Montalvo marient danse, chant et texte pour donner leur vision du mythe, c’est-à-dire insolente et baroque.

« Créer un vertige de sensorialité entre ce qu’on voit, entend, ressent. »
 
Le mythe ouvre à plusieurs interprétations. Comment l’appréhendez-vous ?
Dominique Hervieu : Orphée interroge la différence entre l’enchantement, qui évoque l’élévation des esprits et des cœurs à travers l’art, de par les sensations, le plaisir esthétique et la sophistication qu’il met en jeu, et l’envoûtement, qui appelle le consensus, le conformisme et l’homogénéisation. On retrouve là les termes de la querelle des anciens et des modernes, qui traverse aussi la musique : doit-elle lisser, anesthésier, « adoucir les mœurs » en effaçant les contradictions de la vie ou au contraire doit-elle traiter de la violence et des antagonismes, dans son langage propre ? Cette question résonne fort aujourd’hui et souligne le rôle de l’art dans la société comme aiguillon de la réflexion et d’une transformation possible.
 
La figue d’Orphée a beaucoup inspiré les peintres, écrivains, compositeurs… Comment le « mythe du mythe » a-t-il nourri votre approche ?
D. H. : Avec José Montalvo, nous avons développé une esthétique baroque qui accueille volontiers les références, superpose des éléments hétérogènes, entremêle les cultures, les identités et les langages, pour créer un vertige de sensorialité entre ce qu’on voit, entend, ressent. La danse et le chant, dans toutes leur profusion stylistique, les imaginaires dans leurs multiplicités et le contraste des personnalités composent autant de couches successives. Ici, nous croisons les partitions de Monteverdi, Gluck et Phil Glass, des allusions au tableau de Rubens ou au film de Cocteau… Ces citations forment un matériau détourné jusqu’à le rendre personnel et contemporain. Mélanger les époques est notre façon de réfléchir à la tension entre mémoire et modernité.
 
Orphée évoque aussi le tragique de la condition humaine.
D. H. : Malgré son pouvoir d’enchanter les hommes, les animaux ou la nature, Orphée se révèle en effet faillible quand il enfreint la loi des dieux. Il éprouve la condition humaine. Cette figure complexe est appréhendée dans sa multiplicité et incarnée par plusieurs interprètes, notamment un danseur sur échasses pneumatiques, qui évoque la puissance d’un être surnaturel évoluant entre ciel et terre, et un hip-hopeur unijambiste, qui suggère la fragilité humaine et la transcendance par l’art.
 
Entretien réalisé par Gwénola David


Orphée, chorégraphie de Dominique Hervieu et José Montalvo, du 19 mai au 19 juin 2010, à 20h30 sauf dimanche 15h30, relâche lundi et mardi, au Théâtre national de Chaillot, place du Trocadéro, 75016 Paris. Rens. : 01 53 65 30 00 et www.theatre-chaillot.fr.

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