La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Dom Juan

Dom Juan - Critique sortie Théâtre Aubervilliers Théâtre de la Commune
Dom Juan au Théâtre de la Commune. CR : Willy Vainqueur

Théâtre de la Commune / texte de Molière / mes Marie-José Malis

Publié le 23 novembre 2017 - N° 260

Que peut-on encore tirer d’inédit du Dom Juan de Molière ? De cette pièce écrite en quinze jours, Marie-José Malis fait un spectacle de 4h30 dense et inattendu.

Le mythe de Don Juan fut fertile et la pièce de Molière y a fortement contribué. Écrite en quinze jours pour contrecarrer l’interdiction du Tartuffe, elle a été montée par beaucoup des plus fameux metteurs en scène de l’Histoire du théâtre français, dans des versions devenues patrimoniales (pensons à Vilar, à Jouvet…). A partir de là, on pourrait estimer qu’il n’y a plus grand chose d’inédit à tirer de la fuite en avant du séducteur impénitent. Marie-José Malis en a pourtant fait le pari. Pour elle, cette pièce est « une énigme » que seul le passage à la scène permet de résoudre. Elle s’est attaquée aux répétitions avec quelques fermes partis pris, hautement intéressants : Don Juan serait toujours sincère, Sganarelle serait complice de Don Juan et le texte constitue une fête du théâtre. Des options qui structurent sa version, originale et passionnante.

Marie-José Malis aime les contrepieds

Ici, chaque personnage entre sur scène en donnant les signes qu’il sait se trouver sur une scène, en présence d’un public. A partir de là, tout peut devenir jeu, et il revient au spectateur de deviner quand ça joue et quand on est sincère. Sincère, c’est paradoxalement Don Juan qui l’est le plus. Incarné par un Juan Antonio Crespillo au regard mélancolique et bienveillant, qui s’émerveille de voir naître encore une fois l’amour en même temps qu’il s’attriste de déceler aussi vite les premiers signes de sa fin, il a pour fidèle complice un Sganarelle qui se plaît à parodier les puissants, la doxa, et réclame in fine ses gages pour avoir bien joué la comédie. L’ensemble s’inscrit dans un jeu, qu’on pourrait qualifier de lent, qui fait aussi la patte des mises en scène de Marie-José Malis, et qui conduit à traverser le texte pas à pas, à donner à chaque phrase, à chaque mot presque, une résonance particulière, à brasser dans chaque réplique un sens sans cesse en mouvement. On pourrait imaginer que la rapidité d’écriture du texte implique un débit comparable au plateau. Marie-José Malis aime les contrepieds. Sa direction d’acteurs implique du spectateur une attention soutenue dont il se trouve récompensé à voir le texte s’ouvrir et dégager de nouvelles perspectives, souvent inattendues. Si bien que se produit effectivement sur scène cette fête du théâtre annoncée. Sur un plateau quasi vide, qui met à nu les machines – cintres qui descendent à vue, toile peinte très vite ré-enroulée, donnée comme un signe plus que comme un décor, petit plateau de bois sur roulettes pour figurer le voyage -, le Dom Juan de Marie-José Malis joue avec les codes, passe incessamment d’un registre à l’autre, tragique, comique, politique, farcesque, historique… zigzague et surprend, tout en élaborant patiemment une herméneutique d’ensemble. Une construction brillante qui s’édifie petit à petit et ne peut se goûter que dans la durée.

Eric Demey

A propos de l'événement

Dom Juan
du Mercredi 15 novembre 2017 au Mercredi 29 novembre 2017
Théâtre de la Commune
2 Rue Edouard Poisson, 93300 Aubervilliers, France

Jusqu’au 29 novembre, du mardi au vendredi à 19h, le samedi à 18h, dimanche à 16h.  Tel : 01 48 33 16 16. Durée : 4h45 entracte compris.


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