La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Deux Mots

Deux Mots - Critique sortie Théâtre
La comédienne Catherine Pavet a Deux Mots à nous dire Photo : Eric Legrand

Publié le 10 décembre 2009

Les Deux Motsjudicieux de Philippe Dorin suffisent à la découverte du talent de Catherine Pavet, actrice joliment libre et facétieuse sur la scène de Thierry Roisin.

L’écrivain Philippe Dorin s’amuse à jongler avec la langue : il a son mot à dire et veut souvent en placer un, histoire d’avoir le dernier. Aujourd’hui, le voilà qui admoneste le spectateur – et à travers lui la société – avec ses Deux Mots grâce à l’art scénique de Thierry Roisin et le jeu singulier de Catherine Pavet. Deux Mots sur la solitude et le sentiment d’abandon, éprouvés dans une ville anonyme marquée par le chômage, d’où une lettre de mise en demeure, des liasses de billets dans un sac et un pistolet… Jambes nues de gamine, chaussures de sport rouges, jupe à fleurs, veste Levi’s et cheveux attachés à la va-vite, la jeune femme trône sur le plateau, à peine sortie de l’enfance. Elle égrène sa vie de tous les jours à travers des mots écorchés à nu et à vif, sans verbe : «  Le matin ! La table, la chaise, la tasse, le thé, les nouvelles, les chiottes, l’existence. » Il suffit de nommer pour faire exister ce à quoi l’on s’agrippe : « les clés, la porte, l’ascenseur, la rue, les gens, les gentils, les pas gentils, les vraiment pas gentils… » Des répétitions insufflent à ce soliloque des leitmotivs prononcés avec le cœur : « Moi, j’aime bien mon sac…moi, j’aime bien… », et suit l’inventaire limité d’objets plus ou moins intimes.

La locutrice aime comme aiment les enfants d’une amitié animale

Même s’il est vrai que le mot de la langue le plus difficile à placer convenablement, c’est le « moi » (Vigny), l’émettrice n’hésite pas à faire appel à ce pronom personnel en le reliant au monde à travers accessoires et abstractions, « moi, j’aime bien l’écologie… » Un copain motard (Philippe Potier) apparaît parfois. La locutrice aime comme aiment les enfants, d’une amitié animale et caressante qui semble capter les âmes. Or, la jeune femme ne goûte pas trop sa vie car « ce n’est pas une vie ». Elle affectionne la puissance des mots, riches d’une vie métaphorique dès qu’ils sont formulés. Les mots ont le pouvoir de dire les secrets et de trahir l’inconscient, une manière de se rattacher malgré tout au monde et aux autres : « Y a même des fois que dehors, c’est à l’intérieur de chez moi et j’ai même pas besoin de sortir ». Ce retour à soi est un défi aux bavardages bruyants de notre temps que figure, sur le plateau, un tapis en forme de rouleau compresseur annihilant tout sur son passage. Dans une société moderne technicisée qui n’écoute pas l’essentiel, ce soliloque témoigne de la posture à penser notre condition de mortel. En aimant les mots et leur humour, on aime la vie.

Véronique Hotte


Deux Motsde Philippe Dorin, mise en scène de Thierry Roisin www.comediedebethune.org Spectacle vu au Temple de Bray-La-Buissière.

Tournée en cours. Vendredi 12 mars au Palace à Lillers à 20h. Tout public à partir de 13 ans. Tél : 03 21 63 29 19. Texte publié aux Solitaires Intempestifs

A propos de l'événement



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