La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Entretien Philippe Laurent

De la concertation au « co-pilotage »

De la concertation au « co-pilotage » - Critique sortie Avignon / 2013 Avignon
Crédit : DR Légende : Philippe Laurent

Publié le 26 juin 2013 - N° 211

L’été dernier, lors du festival d’Avignon, les principales organisations représentant les collectivités territoriales signaient un manifeste « Pour une république culturelle décentralisée », fixant les chantiers prioritaires et demandant plus de concertation. Philippe Laurent, maire de Sceaux et président de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC), éclaire l’évolution de la collaboration avec l’Etat et l’effet de la crise.

Comment la décentralisation et l’implication financière croissante des collectivités locales ont-elles influé sur la définition des politiques culturelles ?

Philippe Laurent : Dès les années 60, s’est mis en place en France un système de gouvernance culturel original associant l’Etat et les collectivités locales, qui a permis le déploiement d’équipements et d’évènements sur l’ensemble du territoire. L’Etat doit rester le garant de la qualité artistique et de la diversité, pour protéger les collectivités contre d’éventuelles dérives. Cependant, les collectivités se dotant des compétences nécessaires à l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation de politiques culturelles, elles ont revendiqué et obtenu des marges de manœuvre. Elles ont aussi contribué à relier la culture aux préoccupations citoyennes, à l’inscrire au cœur des problématiques de développement local et à lui reconnaître une fonction transversale. La collaboration est sans doute maintenant plus franche car dictée par la nécessité. Elle doit encore gagner en sérénité en recourant davantage à la concertation et à la négociation.

En 2010, un rapport réalisé par Jérôme Bouët préconisait un « partenariat d’égal à égal ».

P. L. : Depuis les années 2000, la coopération s’est resserrée. Elle doit être approfondie et aboutir à une élaboration en commun des choix et des modalités de mise en œuvre des politiques culturelles. L’Etat peut s’appuyer sur des instances de dialogue, notamment sur le Conseil des collectivités territoriales pour le développement culturel, réactivé en 2008, pour travailler en amont sur les textes, avant leur promulgation. Le Conseil pourrait par exemple émettre un avis consultatif sur les projets de loi ou les circulaires du ministère de la Culture, ce qui conforterait leur application.

La contrainte budgétaire pèse aujourd’hui lourdement. L’Etat a annoncé une baisse de ses dotations aux collectivités territoriales, de 1,5 milliards d’euros en 2014 et en 2015. Quel est l’impact de la crise ?

P. L. : Les collectivités locales sont depuis 2003 confrontées à une dégradation budgétaire, qui s’est accentuée ces dernières années sous l’effet du ralentissement économique et de l’élargissement de leurs compétences et donc de leurs charges. Elles ont cependant réussi jusqu’à maintenant à maintenir globalement leur engagement en faveur de la culture, considérée comme essentielle pour l’identité et le développement des territoires. La baisse annoncée des dotations de l’Etat risque fort d’affecter désormais l’activité artistique et donc, in fine, de toucher les compagnies, plus fragiles que les institutions. J’observe comme beaucoup que, dans les théâtres, les saisons sont plus ramassées qu’auparavant et que le nombre de représentations a diminué. Le réseau des scènes, constitué par les collectivités avec le soutien de l’Etat, offre un remarquable outil qu’il faut absolument maintenir en vie pour qu’il puisse redémarrer à plein régime lorsque la conjoncture redeviendra favorable. Aujourd’hui, un théâtre qui ferme, c’est un théâtre qui disparaît à jamais.

 

Entretien réalisée par Gwénola David

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