La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Gros Plan

Dave St-Pierre en trois actes

Dave St-Pierre en trois actes - Critique sortie Danse Paris Théâtre de la Ville
Dave St-Pierre montre les humains tels qu’ils sont © : Wolgang Kirchner

Gros plan
Théâtre de la Ville
Conception et chorégraphie Dave St-Pierre

Publié le 18 décembre 2013 - N° 216

Le chorégraphe québécois met à nu l’humain dans un triptyque sur l’amour, la vie et la mort.

« Je suis probablement un des seuls créateurs qui ait écrit lui-même son texte de présentation. Certes, j’ai une grande gueule qui ne s’en laisse pas imposer, qui perturbe, qui résonne. Il ne faut pas laisser les autres venir piétiner nos âmes, nos désastres et nos bons coups. Nous sommes capables de le faire nous-mêmes. » Et vlan. Comme ça, c’est dit. Dave St-Pierre ne mâchouille pas ses mots et parle cru. Comme sa danse, qui dépoile sans complexe le cœur des hommes et bazarde joyeusement les faux-culs collés en postiches de bienséance. Fantasque déluré et romantique trash, le chorégraphe québécois déteste la mièvrerie et autant la tiédeur. Il saisit les êtres dans leurs comportements amoureux et leurs dépendances affectives, à la jonction précise de leurs contraires, là où se cognent désirs libertaires et pulsions égotiques, joies explosives ou abandons enfantins, peurs solitaires et tragiques espérances. « J’ai rencontré des humains. J’ai côtoyé leur splendeur, leur témérité, leur indiscipline, leur cœur gros comme l’univers. J’ai flirté avec leur beauté, leur effluve artistique, leur idéal, leur énergie, leur soif du don de soi extrême. Des êtres dotés d’un amour infini. Des hommes et des femmes qui se cherchent, se trouvent et s’aiment. ». De cette descente aux enfers de l’intime, il tire une réjouissante et poignante trilogie, titrée « Sociologie et autres utopies contemporaines », qui se veut un hymne au genre humain, célébrant autant sa beauté que sa laideur, sa profondeur que sa superficialité.

Le corps dans tous les états

Acculant clichés et postures morales en séries de scènes décomplexées, La Pornographie des âmes (2004), Un peu de tendresse, bordel de merde ! (2006) et Foudres (2012) raillent joyeusement les jouissances formatées, le sexe profilé par l’injonction publicitaire… et l’increvable addiction à l’amour. « L’être humain est stupide. Il s’arrange toujours pour tomber bêtement amoureux. Pourtant il sait pertinemment qu’il vivra sans aucun doute une séparation qui le détruira par après. Mais nous, plus con que jamais, on se lance à la recherche de cette putain de tendresse. », s’amuse le trublion. Dave St-Pierre montre en effet le corps dans tous ses états, quitte à froisser les bonnes mœurs scéniques. « Ma démarche s’inscrit maintenant dans le moment présent, l’ici, l’immédiateté » explique-t-il. « L’erreur et l’excès sont les moteurs principaux. L’erreur est et sera toujours présente. C’est elle qui est responsable de l’ici et du maintenant. C’est l’erreur qui rend l’humain plus humain que nature. L’excès est viscéral. Je n’y peux rien, c’est là, dans mon esprit. » Profitant de la savante pagaille qui emporte l’ordre social dans l’élan fou des corps, souvent au détour d’un rire ou d’un regard gêné, soudain, l’humain se dévoile dans ses hontes, ses douleurs, ses déchirements et ses ravissements, C’est alors que l’émotion saute à la gorge…

Gwénola David

A propos de l'événement

La Pornographie des âmes, Un peu de tendresse, bordel de merde!, Foudres
du Jeudi 6 février 2014 au Samedi 15 février 2014
Théâtre de la Ville
place du Châtelet, 75004 Paris
La Pornographie des âmes, les 6, 10 et 14 février 2014 à 20h30 ; Un peu de tendresse , bordel de merde!, les 7 et 11 février à 20h30, Foudres, les 8, 12 et 15 février à 20h30. Théâtre de la Ville, place du Châtelet, 75004 Paris. Tél. :01 42 74 22 77.
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