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Vingt-et-un ans après la mise en scène créée par Brigitte Jaques-Wajeman à la Comédie-Française, Denis Podalydès signe une nouvelle version du Cid avec Benjamin Lavernhe dans le rôle de Rodrigue et Suliane Brahim dans celui de Chimène. Centré sur la beauté du texte de Corneille et la vérité du jeu des interprètes, cet éclatant spectacle de troupe met de côté tout artifice pour creuser la force de l’intime.
À qui voudrait saisir l’art de l’acteur ou de l’actrice dans ce qu’il a de plus exigeant, pour ne pas dire de plus pur, de plus mystérieux, on pourrait aujourd’hui conseiller d’assister à une représentation du Cid, dans une nouvelle mise en scène créée par la troupe de la Comédie-Française, au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Sans ambition opératique, travaillant à révéler par l’humain la profondeur d’une tragi-comédie qui place face à face les enjeux contradictoires de l’honneur et de l’amour, Denis Podalydès propose aux publics une expérience de l’intime. Cette expérience existentielle et poétique — expression d’une pleine liberté, d’un indispensable abandon — repose sur une puissance organique de l’être, du langage, de la relation de vérité que chaque interprète instaure avec l’autre, autant qu’avec soi-même. Benjamin Lavernhe, Suliane Brahim, Didier Sandre, Jennifer Decker, Bakary Sangaré, Christian Gonon, Danièle Lebrun… font renaître au présent la grandeur du Cid. Ils et elles sont les artisans d’un spectacle dont la simplicité est facteur d’évidence.
Les enjeux contradictoires de l’honneur et de l’amour
Tous deux enfermés dans le piège du devoir filial, qui leur enjoint de renoncer à l’amour pour venger l’honneur de leurs pères, Rodrigue et Chimène se soumettent tout en se débattant, proprement déchirés par la violence du sacrifice qu’ils ont à accomplir. On suit, comme en gros plans, chaque mouvement de leur âme, de leur esprit, de leur cœur. Ce que Suliane Brahim et Benjamin Lavernhe offrent en partage est rare. Bien sûr, il y a l’éclat des alexandrins, dont l’un et l’autre s’emparent — comme l’ensemble de la distribution — dans toute la profondeur du sens. Mais c’est dans sa volonté de dépouillement que réside finalement la dimension la plus surprenante de cette proposition. La mise en scène essentielle de Denis Podalydès refuse tout maniérisme, toute démonstration. Ici, la théâtralité est avant tout feu intérieur, ébranlement des sentiments, corporalité de la langue, vertige des émotions… Au sein d’un espace vide qui se construit et se déconstruit à la faveur de cloisons et de moucharabiehs, les costumes de Christian Lacroix nous font voyager dans le temps. C’est pourtant bien dans le présent que cette version du Cid s’impose. Une œuvre nous touche, nous traverse. Elle s’ancre dans nos vies.
Manuel Piolat Soleymat
Comédie-Française hors les murs.
Du mercredi au samedi et le mardi 28 avril à 20h30, le dimanche à 15h. Durée : 2h20. Tél. : 01 44 58 15 15. www.comedie-francaise.fr
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