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C’est dans le jardin du Théâtre des Halles [...]
Entre témoignage et analyse, autofiction et sociologie, Jeanne Lazar et Timothée Lerolle interrogent la nature de la passion en racontant les années sida, à partir du témoignage de Tim Madesclaire.
« Une histoire d’amour racontée par des gens qui s’aiment » : tel est le projet de Jeanne Lazar et Timothée Lerolle, accompagnés par le chat Grokosto et les mots des survivants des terribles années 80, quand s’aimer d’amour pouvait faire mourir d’aimer, comme le chantait Barbara. En 2018, Jeanne Lazar a rencontré Tim Madesclaire, complice de Guillaume Dustan, sur l’œuvre duquel elle venait de créer un spectacle. De l’amitié entre Tim et son mari et Jeanne et Timothée, de leurs conversations et confidences, est né ce spectacle, avatar du Banquet, où l’on s’interroge, comme chez Platon, sur la nature d’Eros. Témoin des années 80 et 90, Tim a fréquenté le Palace, lu Libé, pris des drogues, des amants, découvert des musiques et des corps, considéré la maladie comme un travail et non comme une fatalité ou une punition, et pensé l’amour comme une œuvre.
Le feu dans le sang
Jeanne Lazar et Timothée Lerolle continuent cette œuvre à leur manière, vivant et interprétant leur amour à travers celui qu’ils évoquent avec un solide talent dramatique. « En suivant la recommandation de Jean-Luc Lagarce qui affirme dans son œuvre que « le sida n’est pas un sujet », qu’il ne pouvait parler que de son expérience, nous parlerons de la maladie à travers autre chose : l’amour. L’amour qui occupe le corps et l’esprit, l’amour qui permet de se penser autrement que malade, l’amour comme un travail à plein temps, l’amour actif. » disent les deux artistes. Dans le bel environnement visuel et sonore créé par Timothée Lerolle, ils parviennent non seulement à faire le tableau des amours « sidamnées », mais également à tirer parti de ce récit pour poser les conditions d’une passion sans souffrance. Si l’amour est un risque à prendre, autrui n’est pas un danger : belle leçon pour notre époque encline à la frilosité solipsiste, plus désireuse de trouver le même en l’autre que l’autre dans le même !
Catherine Robert
à 14h45 ; jours impairs. Tél. : 04 90 82 39 06. Durée : 1h10. Spectacle vu à Cromot à Paris.
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À l’attaque des murs qui nous enferment [...]