La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

D comme Deleuze

D comme Deleuze - Critique sortie Théâtre Bagnolet Théâtre de l’Echangeur
Crédit : Didier Crasnault

Théâtre de l’Échangeur à Bagnolet / Texte et mes Cédric Orain

Si Gilles Deleuze s’est davantage intéressé à la littérature et au cinéma qu’au théâtre, nombreux sont ses concepts qui peuvent questionner les arts de la scène. Dans un subtil et ludique début d’abécédaire, Cédric Orain fait ce passionnant parallèle.

Bien qu’inspiré par l’Abécédaire, l’unique film auquel Gilles Deleuze ait accepté de participer, ce n’est pas la voie de l’interview que Cédric Orain choisit d’explorer dans D comme Deleuze. Auteur et metteur en scène, il opte pour une forme de conférence librement inspirée de la série télévisée en question, réalisée en 1994. Soit un an avant le décès de l’auteur de Mille Plateaux. Plutôt que de s’approprier les mots échangés derrière la caméra entre celui-ci et son ancienne élève Claire Pernet, les trois interprètes de D comme Deleuze se font en effet les passeurs mi-sérieux mi-déconneurs de quelques-uns des grands concepts du philosophe. Cela à travers la partition qu’ils ont commencé à imaginer dans le cadre d’un atelier donné au Phénix à Valenciennes pour différents publics, puis construite entre autres à MA Scène nationale de Montbéliard. Deux lieux où Cédric Orain est artiste associé. Résultat de ce travail collectif, D comme Deleuze est un joyeux théâtre de la pensée où Guillaume Clayssen, Olav Benestvedt et Erwan Hakyoon Larcher causent et s’agitent autour d’un bureau posé au milieu du plateau nu. Où dès les premières minutes du spectacle, Olav Benestvedt interrompt la pédagogique introduction de l’excellent Guillaume Clayssen pour se lancer dans une étymologie fantaisiste : « En fait en norvégien « De » ça veut dire meurs ! Impératif ! Et « Leuze », ça veut dire lâché, donc meurs lâché ! ». Le ton est donné. Il n’y a plus qu’à suivre l’alphabet.

Concepts en mouvement

Si pour Cédric Orain et ses complices comme pour Gilles Deleuze, la philosophie a « des fous rires qui emportent ses larmes » (Qu’est-ce que la philosophie ?, PUF), il n’est pas question de se laisser aller au désordre. De A comme animal à D comme désir, en passant par B comme boisson et C comme culture, les jalons du système deleuzien nous sont exposés selon le découpage utilisé par le philosophe dans son film. Non seulement avec les moyens du théâtre, mais également du chant ou du cirque, le comédien norvégien étant aussi contre-ténor et Erwan Hakyoon Larcher ayant notamment fait partie du fameux collectif Ivan Mosjoukine. Sans que les artistes aient besoin de les formuler, des parallèles entre philosophie et arts de la scène affleurent à chaque lettre. À chaque concept. L’artiste n’est-il pas autant un « être aux aguets » que le philosophe ? Pour dire le devenir animal, la différence et la répétition, le corps sans organes et les machines désirantes, chacun peut ainsi s’adonner simplement à sa discipline. Sans « jouer » le philosophe. D’où un naturel qui nous parle aussi de ce que Gilles Deleuze considère comme le premier de tous les concepts. Celui d’Autrui, d’autant plus concret pour l’équipe que la pièce sera à chaque fois accompagnée d’ateliers similaires à ceux qui l’ont fait naître. D comme Deleuze, c’est aussi D comme dialogue.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

D comme Deleuze
du Lundi 30 octobre 2017 au Jeudi 9 novembre 2017
Théâtre de l’Echangeur
59 Avenue du Général de Gaulle, 93170 Bagnolet, France

2017 à 20h30. Relâche les 1er et 5 novembre. Durée de la représentation : 1h10. Tel : 01 43 62 71 20. Vu à MA Scène nationale de Montbéliard.


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