La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Cyrano de Bergerac

Cyrano de Bergerac - Critique sortie Théâtre Saint-Quentin-en-Yvelines __Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines
Photo crédit : Elisabeth Carecchio Légende : « Philippe Torreton en Cyrano de Bergerac par Dominique Pitoiset. »

Critique Région

Tournée / de Edmond Rostand /
mes Dominique Pitoiset

Publié le 2 mars 2013 - N° 207

Avec flegme et sang-froid, Philippe Torreton maîtrise la vigueur du rimeur et bretteur des Cadets de Gascogne. Un Cyrano imprévu qui tient bien la route. 

D’après le pâtissier-poète Ragueneau (Jean-Michel Balthazar), le « Qu’allait-il faire dans cette galère ? » de son ami Cyrano est une citation reprise dans le Scapin de Molière. C’est dire le talent du héros de Rostand qui n’a rien à voir avec le vrai Cyrano, blessé au siège d’Arras, écrivain et disciple de Gassendi. Or, ce Cyrano de théâtre, « Grand riposteur du tac au tac », joue avec l’épée et la vaillance autant qu’avec la langue rimée. Ce héros raté, car la beauté n’a pas voulu de lui, signe sa verve langagière d’une plume rare, «  la lettre et l’esprit ». Quand le beau parleur humilie en duel et joutes verbales un marquis qui se moque de son nez, il lui rétorque que ses élégances à lui sont morales et ne relèvent pas des rubans d’un habit de courtisan. « Se changer en bouffon…Non, merci… Mais rêver…» Telle est la force d’âme d’une figure héroïque dont le talon d’Achille est l’amour pour sa belle cousine, la précieuse Roxane (Maud Wyler). Le malheureux exprime sa passion à travers les lettres enflammées écrites à l’usage de Christian (Patrice Costa), joli amant un peu niais. À ces lettres passéistes accrochées à un fil d’été de moulin à papier, répond la scène d’amour connectée à l’écran par Skype.

Une cour des miracles

La mise en scène de Dominique Pitoiset fait le choix inattendu d’un espace unique, sorte de salle de jour collective d’hôpital psychiatrique. Bruno Ouzeau, Martine Vandeville, Jean-François Lapalus, Gilles Fisseau, Nicolas Chupin et Adrien Cauchetier sont à la fois personnages de l’intrigue et chœur, un groupe touchant et bien vivant de patients en situation de réparation contre la perdition qui les accable. La troupe dessine une cour des miracles : des êtres déstabilisés aux vêtements impersonnels, jogging, baskets, bonnet de laine. Le comte de Guiche, interprété par le comique de Daniel Martin, fait monter d’un cran la folie ambiante. Le sol blanc est carrelé, meublé de tables et de chaises fonctionnelles, excepté un juke-box sur lequel chacun des comédiens vient à son tour choisir une musique. À la fin, résonnent les paroles d’Alain Bashung : « Voyez-vous ces êtres vivants ? » Oui. Et Cyrano le premier, un contre cent, qui se bat victorieusement contre ses ennemis, le mensonge, les compromis et la sottise. Crâne rasé, les bras nus, Philippe Torreton est un maître en lucidité au milieu de ses amis différents qu’il aime et qui l’aiment. Loin des effets, cette mise en scène singulière fait mouche sur l’humanité de Cyrano.

Véronique Hotte

A propos de l'événement

Cyrano de Bergerac
du Mercredi 24 avril 2013 au Samedi 27 avril 2013
__Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines
Scène nationale, Place Georges Pompidou, 78050 Saint-Quentin-en-Yvelines
Du 6 au 9 mars. Tél : 04 94 22 02 02. Espace Malraux, Scène nationale de Chambéry et de Savoie. Du 13 au 16 mars. Tél : 04 79 85 55 43. MC2 Grenoble. Du 20 au 30 mars . Tél : 04 76 00 79 79. Du 24 au 27 avril au Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines. Tél 0130969900. Puis tournée dans toute la France.  Spectacle vu au Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine
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