La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Corine Miret et Stéphane Olry

Corine Miret et Stéphane Olry - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Thomas Walgrave

Publié le 10 janvier 2009

Devenir étrangère

Corine Miret et Stéphane Olry fabriquent des spectacles atypiques, malicieux, poétiques et drôles, qui mêlent le réel et la fiction. Suite à une commande de la Comédie de Béthune, Corine Miret est allée s’installer seule en Artois, pour sept semaines d’Un Voyage d’hiver pendant lequel elle a collecté la matière sensible à partir de laquelle Stéphane Olry a écrit leur nouveau spectacle.

Comment vous est venue l’idée d’aller puiser la matière de votre spectacle en Artois ?
Corine Miret : Thierry Roisin, le directeur de la Comédie de Béthune, nous a demandé de créer un spectacle en lien avec son territoire. Comme toujours dans une commande, il fallait trouver le lien et le lieu entre les différents désirs. Stéphane avait depuis longtemps envie de travailler sur la notion d’étranger et sur la question de savoir où on se sent étranger. Et un soir, l’idée est venue : partir là-bas toute seule pour voir ce que provoque une femme seule qui vient s’installer dans cet endroit où il y a peu d’étrangers, de fait, car il n’y a pas de travail, pour voir jusqu’où vont les rencontres, qu’est-ce qu’on s’interdit ou pas dans cette situation. Le séjour a duré sept semaines. Ma situation était extraordinaire, au sens propre : complètement libérée du passé sans être préoccupée par le futur, j’étais complètement disponible au présent.
 
Comment la matière première des sensations est-elle devenue spectacle ?
Stéphane Olry : Ce que j’avais comme matériau premier, c’est ce que Corine confiait à son dictaphone : ses récits, ses sensations, ses émotions, ses descriptions. Tous les trois jours je recevais à Paris un colis avec des enregistrements assez longs que j’écoutais. Pour m’emparer de ce matériau, j’ai eu besoin d’écrire. Après, assez curieusement, je ne suis pas retourné à la matière première. Les personnages demeuraient pour moi assez abstraits, sans visages et sans voix. Ils n’avaient et n’ont évidemment pas le même relief pour Corine que pour moi. Le spectacle s’est construit dans l’espace de la transmission qui est un espace de fantasmagorie.
C. M. : Ce spectacle est l’histoire d’une transmission. Il repose sur le pari que l’émotion qui m’a traversée puisse se transmettre à Stéphane Olry qui écrit et à Jean-Christophe Marti qui compose, et, par eux, au spectateur. Je retrouve mon récit dans ce qu’ils racontent : le spectacle est en fait leur voyage à travers mon récit.
 
« Le spectacle s’est construit dans l’espace de la transmission qui est un espace de fantasmagorie. » (Stéphane Olry)
 
Vous faites référence à Casanova pour expliquer votre projet. Pourquoi ?
C. M. : Dans l’Histoire de ma vie, Casanova raconte comment il va de lieu en lieu, arrivant dans des endroits où il ne connaît personne et où tout est à faire, où toutes les relations sont à tisser alors qu’il sait qu’il est de passage et qu’il va tout quitter un jour ou l’autre. C’est dans cette sensation-là que j’étais. Et forcément, quand vous êtes dans un état de telle disponibilité, vous tombez amoureux. Mais quand on est dans un endroit où on sait qu’on ne va pas rester, les amours sont comme des amours de vacances. Comme les amitiés liées là-bas, les relations sont merveilleuses et très fortes : quand on sait qu’on ne va pas revenir, les choses se vivent de façon beaucoup plus intense.
 
D’où aussi la référence à Schubert ?
C. M. : L’histoire du Voyage d’hiver est autant le récit d’une errance que celui d’une histoire d’amour. Le titre est moins un clin d’œil qu’une correspondance sentimentale.
S. O. : Il y avait du non-dit dans le récit de Corine. Cette histoire d’amour en creux, je me suis dit que ce n’était pas mon affaire. Elle est confiée à Didier Petit, qui n’est pas l’amoureux mais l’amour. Il y avait aussi le personnage énigmatique du gardien sur lequel j’ai laissé vaquer mon imagination. Ces rêveries du gardien de la salle polyvalente, j’en ai fait une sorte d’apologie du communisme intégral. Il y a aussi le personnage de la fée du logis, sorte d’allégorie d’un ordre doux dont pourrait rêver la voyageuse. Il y a aussi deux autres personnages, l’auteur, que je joue, et un compositeur, Jean-Christophe Marti, qui écrit à partir des silences de la voyageuse. Il y a aussi le personnage de la terre, car les descriptions des paysages sont très importantes dans le récit de Corine.
 
Comment s’organise la mise en scène de ces fragments ?
S. O. : La mise en scène consiste à orchestrer ces sept présences qui entourent la danseuse. Corine occupe un centre autour duquel gravitent six personnages en allégories qui constituent une sorte de famille imaginaire et s’inscrivent dans un paysage que trace la fée du logis au sol et dans lequel la danseuse trouve sa place. Avec ce spectacle, on est vraiment dans une fantasmagorie. Ce voyage a été un rêve. Ces sept semaines ont été sept semaines de bonheur. Et le bonheur est difficile à expliquer rationnellement !
 
Propos recueillis par Catherine Robert


Un Voyage d’hiver, de Corine Miret et Stéphane Olry. Du 8 au 31 janvier 2009. Lundi, jeudi, vendredi et samedi à 20h30 ; dimanche à 17h. Théâtre l’Echangeur, 59, avenue du Général De Gaulle, 93170 Bagnolet. Réservations au 01 43 62 71 20.

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