La Terrasse

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Danse - Entretien

Conversation avec Dominique Rebaud et Dominique Boivin

Conversation avec Dominique Rebaud et Dominique Boivin - Critique sortie Danse
Légende photo (crédit Christian Lacroix : Dominique Boivin et Dominique Rebaud retrouvent les costumes de Lacroix pour la recréation de Zoopsie Comedi.

Publié le 10 octobre 2009

Zoopsie Comedi : « le maître mot est l’état d’esprit. »

En 1986 naissait Zoospie Comedi, œuvre phare d’une époque, portée par les collectifs Beau Geste et Lolita, et dont les costumes étaient signés par le jeune… Christian Lacroix. Sous l’impulsion du couturier et du directeur du Théâtre de Suresnes Olivier Meyer, Dominique Rebaud et Dominique Boivin se replongent dans l’aventure avec notamment des danseurs hip hop. Idée saugrenue ? Les deux chorégraphes reviennent ici sur cette revue fantaisiste, plus de vingt ans après.

« Nous défendions l’idée de toutes les danses, alors que subsistait l’idée d’une danse contemporaine au-dessus des autres. »
 
Qu’étaient ces collectifs Beau Geste et Lolita, au moment de la création de Zoopsie Comedi ?
DB : Je crois que beaucoup de choses découlent de l’enseignement et aussi de l’état d’esprit d’Alwin Nikolaïs à l’école de danse d’Angers. Dans son enseignement, on retrouve la notion de décentralisation. Je pense que cela nous a profondément touchés en tant qu’élèves au point de vouloir créer des collectifs. L’idée de la revue était un thème formidable pour développer les personnalités à l’intérieur des collectifs, tout en ayant une conduite, un scénario tout dessiné, des tableaux. Cela a mis du temps parce que l’on voulait faire rentrer dans cette idée de revue des choses que l’on n’était pas forcément capables de faire, comme les claquettes, les palmas, les bolas… Et, cerise sur le gâteau, Christian Lacroix a accepté de jouer le jeu, lui qui était alors un créateur en devenir.
DR : Beau Geste est né en 81, et Lolita en 82. Il y avait certes le rôle de Nikolais, mais aussi tout ce que l’on a appelé après la nouvelle danse française. Et à la fin des années 70, tout le monde fonctionnait comme ça ! Nous encore plus en tant qu’héritiers de Nikolais, parce que nous avions appris des méthodes de travail qui nous ont menés à ça. Il y avait d’autres groupes comme le groupe Ma, le Four Solaire… la danse est partie de ce terreau-là. Lolita et Beau Geste ont été les plus longs collectifs de cette histoire.
 
Mais aujourd’hui ce qui est remarquable, c’est qu’il y a très peu d’exemples de ça. Une page s’est définitivement tournée quant à ces modes de fonctionnement.
DR : Dans ce contexte, la question est : comment ce spectacle passe-t-il vingt-cinq années ? Au-delà de la forme, car comme le dit Dominique, on ne porte pas de jugement sur ce spectacle. Ce qui est intéressant, est ce qui transparait de cet état d’esprit-là. Aujourd’hui on raconte comment s’est construite cette danse à un moment donné, et comment les gens ont laissé circuler cette chose entre eux.
 
En même temps, comment retranscrire cet état d’esprit qui est fondamental, avec un seul Dominique Boivin et une seule Dominique Rebaud, et des danseurs très jeunes qui ne possèdent pas cette histoire ?
DR : Il y a avant tout une fidélité à ce qu’est cette pièce, d’abord parce que l’on a eu la chance de retrouver une vidéo. Et nous y sommes accrochés tous les jours ! Après ça, on laisse la vie rentrer là-dedans, la vie que nous apportent ces danseurs hip hop.
DB : Encore une fois, le maître mot est l’état d’esprit. Il me semble qu’on avait alors vraiment envie d’une œuvre légère, de donner un coup de pied dans ce qui nous paraissait un peu trop « sérieux » dans la danse contemporaine. A l’époque l’humour ne fonctionnait pas vraiment avec la danse. La danse nous sert de support fondamental, mais c’est pour qu’il y ait du jeu, de la fantaisie, de l’esprit. A l’époque, il existait un krach entre la danse contemporaine, la danse classique, néoclassique, et nous voulions court-circuiter le fait de remplacer un académisme par un autre académisme.
 
D’où ce mélange avec le hip hop aujourd’hui ?
DB : Cela ne m’intéressait pas de reprendre texto le rôle de magicien que j’avais à l’époque. Par contre, cela m’intéressait de recréer avec le hip hop, car pour moi il a la capacité de raconter des histoires, il a beaucoup à voir avec le sens, le théâtre, le cirque, le mime…
DR : Nous étions déjà très liés en 86 par cette attention à toutes les formes populaires de la danse. Nous travaillions sur les danses de salon, les bals. C’était très sérieux, on allait apprendre, le tango, le flamenco… On était friand de toutes ces danses. Peut-être que ce l’on a opéré affirmait la possibilité que ces choses là coexistent ensemble. Nous défendions l’idée de toutes les danses, alors que subsistait l’idée d’une danse contemporaine au-dessus des autres. La revue a permis que toutes ces choses s’interpénètrent sans jugement de valeur. C’est parti aussi d’une colère, car on en avait marre d’entendre tout cela. Cette revue a été une réponse.
DB : Oui, c’était politique, comme un manifeste.
 
Propos recueillis par Nathalie Yokel


Zoopsie Comedi de Dominique Boivin et Dominique Rebaud, les 8, 9, et 10 octobre à 21h, le 11 à 17h et le 13 à 21h, au Théâtre de Suresnes Jean Vilar, 16 place Stalingrad 92150 Suresnes. Tel : 01 46 97 98 10. et en tournée : le 15 octobre au Centre des Bords de Marne du Perreux, le 16 octobre au Théâtre de l’Agora d’Evry, le 17 octobre au Théâtre de Brétigny-sur-Orge, le 28 novembre au Pôle culturel d’Alfortville, le 8 décembre au Centre d’Art et de Culture de Meudon, le 11 décembre au Prisme d’Elancourt, le 23 janvier au Théâtre Louis Aragon de Tremblay-en-France, le 13 février à l’Espace Michel Simon de Noisy-le-Grand, le 16 février au Théâtre de Cachan.

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