La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Contractions

Contractions - Critique sortie Théâtre Saint-Quentin-en-Yvelines Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines
Crédit Photo : Brigitte Enguérand Légende : « Contractions entre la supérieure (Elina Löwensohn) et la subordonnée (Marie Denarnaud). »

Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines / de Mike Bartlett / traduction Kelly Rivière / mes Mélanie Leray

Mélanie Leray crée le texte implacable et cruel du jeune auteur britannique Mike Bartlett, qui met à mal le fonctionnement de l’entreprise libérale et exacerbe les rapports de domination. 

À l’origine, le travail dans l’entreprise – facteur de socialisation et de construction de l’identité – est un espace de coopération et de transmission dans lequel l’individu se reconnaît. Aujourd’hui, la modernisation de l’entreprise, liée aux exigences de la mondialisation des échanges, a provoqué une désorganisation dont souffre d’abord l’équilibre psychique du salarié – cadre ou non – acculé à produire toujours davantage, menacé par les risques de chômage, d’exclusion, de délocalisation, ou de recul du gain, d’autant qu’il a pu en être l’heureux bénéficiaire éphémère. Mike Bartlett est un auteur britannique trentenaire qui, sensible à la perte de la dimension humaine dans les relations sociales, s’applique à dénoncer l’oppression qui afflige nos contemporains. Sa pièce Contractions révèle la brutalité des décisions des managers et des décideurs, quant au sort du personnel. La mise en scène de Mélanie Leray accentue jusqu’au malaise le harcèlement moral dont une jeune cadre peut être victime, astreinte aux exigences d’une supérieure hiérarchique, fourbe et démoniaque, à l’intérieur du sacro-saint Groupe. Caméra, images vidéo, recours aux réseaux sociaux, le personnel est sous surveillance permanente, à l’extérieur même de l’entreprise, lors de soirées d’amis.

Une DRH cruelle jusqu’au vertige

Les termes du contrat stipulent : « Aucun employé, chef de service ou directeur de l’entreprise ne s’engagera avec un autre employé, chef de service ou directeur de l’entreprise dans une relation, une activité ou un acte qui soit pleinement, principalement ou partiellement d’une nature qui pourrait être caractérisée comme sexuelle ou sentimentale, sans référer à sa hiérarchie de ladite relation, activité ou dudit acte. » Emma est ainsi tenue de mettre fin à sa relation avec Darren, autre cadre ; elle résiste, mais se laisse absorber peu à peu par les questions insidieuses de son bourreau féminin, tendu uniquement par le résultat de la courbe ascendante des ventes. Elina Löwensohn compose une DRH castratrice, cruelle jusqu’au vertige. Elle entoure sa proie d’une toile extrêmement serrée qui fait de sa subordonnée – interprétée par Marie Denarnaud -, un être dont le corps n’est plus que contrainte et défense face à la menace d’une situation perverse, jusqu’à ce qu’elle renonce enfin à sa vie sentimentale. Le spectateur souhaiterait une rupture dans cet enchaînement de situations un peu trop attendues. D’emblée, le tableau dessiné est machiavéliquement parfait, sombre et vernissé, mais il est paralysé par son principe, dans la répétition même. Et le chemin vers l’horreur s’accomplit sans mystère.

Véronique Hotte

A propos de l'événement

Contractions
du Mardi 5 février 2013 au Vendredi 8 février 2013
Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines
Place Georges Pompidou, 78180 Saint-Quentin-en-Yvelines
Du 5 au 8 Février au Théâtre Saint-Quentin-en-Yvelines. Tél : 01 30 96 99 00.
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