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Théâtre - Critique

Comédie tchétchène (pas toujours très drôle)

Comédie tchétchène (pas toujours très drôle) - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Olivier Hubert Légende : « Comédie tchétchène (pas toujours très drôle), de l’auteur Yoann Lavabre. »

Publié le 10 février 2012 - N° 195

Neuf comédiens rejouent sous nos yeux la prise d’otage du Théâtre de la Doubrovka, à Moscou, en 2002. Lauréate du concours Nouvelles Ecritures, Comédie tchétchène (pas toujours très drôle) est aujourd’hui mise en scène par Bruno Lajara, directeur artistique de la compagnie pas-de-calaisienne VIESAVIES.

Après Amaya, prénom Carmen de David Arribe, Frères du Bled de Christophe Botti et Sniper Avenue de Sonia Ristic, le concours Nouvelles Ecritures (co-organisé par le Théâtre de Cachan, l’Espace André-Malraux du Kremlin-Bicêtre, le Théâtre des Quartiers d’Ivry et la Scène Watteau) a distingué, en 2009, Comédie tchétchène (pas toujours très drôle) de Yoann Lavabre. Revenant de façon factuelle, jour après jour, sur le déroulement de la prise d’otage du Théâtre Doubrovka, cette pièce met le public à la place des spectateurs russes venus assister, le 23 octobre 2002, à la comédie musicale Nord-Ost. Tout commence donc par une parodie de spectacle chanté et dansé, représentation interrompue au bout d’une vingtaine de minutes par des coups de feu et l’irruption, sur scène, d’un commando armé exigeant la fin de la guerre en Tchétchénie. La suite, nous la connaissons : 168 morts et beaucoup de zones d’ombre. Comédie tchétchène (pas toujours très drôle) déroule les trois jours d’attente et de tension durant lesquels les terroristes mettent en scène des jeux de rôle et des scènes macabres visant à éclairer les atrocités commises par l’armée russe depuis plus de 150 ans en Tchétchénie.

Des réponses plutôt que des questions

« Le théâtre ne peut être politique qu’à condition d’ouvrir un espace de dialogue avec les spectateurs, et c’est ce qui le différencie de la propagande liée à tout système totalitaire », fait remarquer Bruno Lajara dans sa note d’intention. Cet espace de dialogue, Comédie tchétchène (pas toujours très drôle) le réduit à presque rien. Plaçant les spectateurs devant un « docu-fiction théâtral » aux accents de manifeste pro-tchétchène, cette proposition de « théâtre dans le théâtre » apporte des réponses plutôt que des questions. Des réponses tranchées, parfois manichéennes, que vient soutenir la diffusion d’images d’archives chocs. Tout cela laisse perplexe. Bien sûr, on aurait envie d’applaudir à cette farouche remise en cause de la politique de Vladimir Poutine (qui s’achève par un hommage à Anna Politkovskaïa). Mais le procédé est simpliste. Il fige notre pensée, l’empêche de se mettre en mouvement, d’envisager les enjeux et les limites de la lutte politique armée.

Manuel Piolat Soleymat 


Comédie tchétchène (pas toujours très drôle), de Yoann Lavabre (texte publié aux éditions L’Espace d’un instant) ; mise en scène et scénographie de Bruno Lajara. Du 7 au 17 février 2012. Le lundi, mardi, mercredi, vendredi et samedi à 20h, le jeudi à 19h. Théâtre des Quartiers d’Ivry, Studio Casanova, 69 avenue Danielle Casanova, 94200 Ivry-sur-Seine. Tél : 01 43 90 11 11. Spectacle vu lors de sa création, le 19 janvier 2012 à l’Espace Ronny Coutteure de Grenay. Durée : 1h45.

Reprise les 18 et 19 octobre 2012 au Théâtre de Cachan ; le 23 octobre à la Scène Watteau de Nogent-sur-Marne ; le 25 octobre à l’Espace culturel André-Malraux au Kremlin-Bicêtre, le 26 octobre au Théâtre André-Malraux de Chevilly-la-Rue, le 30 novembre à La Ferme de Bel Ebat de Guyancourt.

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