La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Cirque - Entretien

Celui qui tombe

Celui qui tombe - Critique sortie Cirque Paris Théâtre du Châtelet
Celui qui tombe, nouvelle pièce de Yoann Bourgeois. Magali Ibazi

Théâtre de la Ville / Cirque /

Publié le 27 mai 2015 - N° 233

Acrobate, jongleur et metteur en scène, Yoann Bourgeois donne à l’acrobatie des résonances existentielles.

Yoann Bourgeois : Il désigne plus une métaphore de l’humain qu’un personnage. Ce projet s’inscrit dans une recherche que je mène depuis plusieurs années à partir de mon expérience de jongleur et d’acrobate, dans une autre perspective que la surenchère et la performance. En déconstruisant les figures de cirque pour en saisir les motifs élémentaires, j’ai développé une pratique où les objets me manipulent autant que je les manipule. Transposé dans l’acrobatie, ce principe consiste à se laisser traverser par les forces physiques : l’« acteur-vecteur » est agi par des flux qu’il traduit comme il peut. Je radicalise ici ce parti-pris et considère que toute situation naît d’un rapport de force. D’où l’intérêt de travailler à partir de contraintes physiques appliquées à l’agrès le plus élémentaire : un sol. J’ai donc imaginé une scénographie composée d’un plancher de six mètres de côté, mu par différents mécanismes qui reprennent les mouvements basiques des disciplines de cirque : le rebond, le ballant… Des hommes et des femmes, une petite humanité en somme, tentent de rester debout sur ce sol mouvant et doivent donc constamment s’adapter. Ces multiples contraintes font poindre des situations théâtrales, possiblement fictives. Je n’essaie pas de les définir ou de les résoudre dans une fiction mais au contraire de rester sur cette crête où la chose apparaît.

« J’ai développé une pratique où les objets me manipulent autant que je les manipule. »

Pourquoi ?

Y. B. : Je préfère laisser au spectateur la liberté d’achever le poème, plutôt que de le manipuler par un discours ou des émotions. D’ailleurs, je ne crée pas en suivant un projet prédéfini avant le début des répétitions. Je privilégie un processus expérimental, empirique, qui se construit avec l’équipe artistique. Nous avons travaillé à partir d’actions élémentaires telles que marcher, tirer, porter, monter, glisser, tomber… Le mouvement nait de la dynamique des corps en quête d’un équilibre, d’un point de suspension qui ouvre le sens. Ce plateau peut tantôt se présenter comme tel et dévoiler ses mécanismes à vue, tantôt figurer des lieux. Avec les six interprètes, certains circassiens, d’autres danseurs ou comédiens, nous cherchons des actions suggestives, éloquentes mais polysémiques. Au cours des semaines d’expérimentation, nous avons accumulé beaucoup de « matière », que je sculpte rythmiquement et plastiquement pour dégager une théâtralité singulière.

Cette notion du « point de suspension », centrale dans votre cheminement d’artiste, fonde-t-elle une sagesse ?

Y. B. : Peut-être recèle-t-elle une dimension éthique… qui explique que je continue à faire du spectacle dans une société du spectacle. Le point de suspension évoque l’endroit où le poids s’abolit, l’éternité ou encore ce moment particulier, juste avant que le spectacle commence… Le silence de tous les possibles.

Entretien réalisé par Gwénola David

A propos de l'événement

Celui qui tombe
du Vendredi 3 juillet 2015 au Mardi 9 juin 2015
Théâtre du Châtelet
2 Place du Châtelet, 75001 Paris, France

à 20h30, relâche dimanche. Tél : 01 42 74 22 77.


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