« Les filles ne sont pas des poupées de chiffon » de Nathalie Bensard
Dans un pays innommé, une famille sans fils, [...]
Peut-on à la fois tenir une réflexion sur la démocratie, sur le théâtre en général et la marionnette en particulier, sur la force de la poésie enfin, dans un spectacle d’une heure ? À celles et ceux qui en douteraient, Pouvoir, d’Une Tribu Collectif, prouve avec brio que le pari peut être tenu.
Cela commence comme une pièce de Shakespeare : un Prince monté sur son destrier, un rendez-vous mystérieux, un complot pour déposer le roi, et une réflexion sur le pouvoir. « Prince j’ai été, représentant du peuple je serai », déclame une marionnette dont le mépris pour le peuple a des accents que les observateurs de la scène politique française ne manqueront pas de rapprocher d’une pratique toute jupitérienne du gouvernement. Mais parce que les belges d’Une Tribu Collectif ont pour projet de déconstruire tous les rapports d’autorité, y compris au plateau, la marionnette se rebiffe bientôt : fi du théâtre à l’ancienne, elle a soif de nouveauté… à moins qu’il ne s’agisse d’une soif de pouvoir ? Les trois marionnettistes ôtent leur voile et rentrent en jeu, dégainent l’arme du vote qui se retourne bientôt contre eux… Quand le public vote, qui est, au final, le dindon de la farce ?
Le pouvoir de rêver plus fort que le pouvoir de décider
Pouvoir. C’est le propos, et finalement ça ne l’est pas. Sous la critique politique, menée avec humour – magnifique toupet à la Trump, discours à la Macron, retournements de situation à n’en plus finir – il y a un exercice de mise en forme marionnettique dépouillé et redoutablement précis. Qui se conjugue avec l’exploration du ressort fondamental du théâtre, la puissance d’imagination, qui permet aux marionnettistes de jouer des scènes dans l’espace intersidéral autant que sous l’eau, qui transforme en un clin d’oeil un cheval en un extraterrestre. Cette marionnette qui aime tutoyer le vide – en plus de tutoyer les membres du public, ses électeurs, en même temps qu’elle devient physiquement très intime avec eux – mène le spectacle à éprouver toutes les limites du genre. Peut-on balancer la marionnette à bout de bras comme un vulgaire paquet de chiffons ? Peut-on – ultime tabou – la lâcher et la laisser « morte » sur scène ? Si le vrai pouvoir est dans l’imagination des spectateurs, où est la limite ? Incarnation vocale de qualité, manipulation à trois finement réglée, rythme impeccable, c’est un spectacle qui se révèle aussi intelligent que drôle, aussi poétique que politique.
Mathieu Dochtermann
à 15h30. Relâche les 9 et 16 juillet. Durée : 60 min. Tél. : 04 90 14 07 99.
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