La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien José Montalvo

Carmen(s)

Carmen(s) - Critique sortie Danse Créteil Maison des Arts de Créteil
José Montalvo Crédit : Patrick Berger

MAC Créteil / Chor. José Montalvo

José Montalvo crée Carmen(s), et transforme la gitane de Mérimée en héroïne moderne pour des temps incertains. Et en hymne à la liberté pour toutes les femmes d’ici et d’ailleurs.

Que représente Carmen pour vous ?

José Montalvo : J’aime le personnage mythique de Carmen, parce qu’elle représente la révolte en chantant et en dansant. Carmen est une femme émancipée, libre, maîtresse de toutes ses décisions. C’est une femme qui affirme sa liberté, son indépendance, dût-elle le payer de sa vie. Provocante, vibrante, libre de ton, d’allure et de propos, d’une sensualité torride, bouillonnante de vitalité, Carmen semble se moquer de tout. Elle rit, danse et chante comme elle respire, de quoi enflammer l’imagination d’un chorégraphe. J’aime aussi l’incroyable bonheur de vivre dont elle est porteuse. Gare aux hommes asphyxiés dans leurs conformismes ! De manière plus subjective, Carmen était le prénom porté par ma grand-mère, enthousiaste féministe catalane, conteuse hors pair, pasionaria de mon enfance. C’était aussi le rôle préféré de ma mère, danseuse de flamenco passionnée. Pour moi, Carmen résonne également à distance et avec un tempérament très différent, à travers le surgissement, à la fin du XIXe siècle, de tant de femmes rebelles, héroïnes de la liberté. Pour n’en citer que quelques-unes : Louise Michel, Camille Claudel ou un peu plus tard Isadora Duncan. « Ce que je veux c’est être libre et faire ce qu’il me plaît » dit Carmen dans l’opéra. On pourrait imaginer que Louise Michel lui répond : « Libre j’ai vécu, j’entends mourir de même. »

« Il y a en chaque femme quelque chose de Carmen. »

Pourquoi ajouter un « S » à Carmen ?

J.M. : « Toutes les femmes s’appellent Carmen » affirmait la couverture du Nouvel Observateur du 19 août 1983.  A cette époque j’étais très jeune mais je trouvais cette conviction évidente. Il y a en chaque femme quelque chose de Carmen. J’ai souhaité ne pas choisir une seule Carmen parmi mes interprètes mais leur permettre à tour de rôle ou simultanément de devenir Carmen.

Comment faites-vous entrer dans ce récit la question du métissage, de l’immigration ?

J.M. : Carmen est inscrite, du fait de ses origines, dans une collectivité qui porte en elle l’histoire d’un exode, d’un déracinement, d’un peuple errant. J’aime l’idée qu’un personnage célébré dans le monde entier soit un être sans patrie et sans racines. Ecoutons le finale du deuxième acte : « Comme c’est beau la vie errante ; Pour pays l’univers, pour loi ta volonté, et surtout la chose enivrante, la liberté, la liberté… »  Bizet n’a jamais mis les pieds en Espagne. Il est tout simplement allé chercher son Espagne à Paris. La ville-lumière héberge, au milieu du XIXème siècle, une communauté de poètes, de musiciens, de compositeurs, d’interprètes espagnols, des exilés, des réfugiés, des militants de la liberté. Le génie de Bizet et de ses librettistes Meilhac et Halévy, c’est de se nourrir de cet apport et de tout ce qui a été écrit sur la culture espagnole. Il n’y a rien de plus français, de plus espagnol et de plus universel que Carmen.

Propos recueillis par Agnès Izrine

A propos de l'événement

Carmen(s)
du Mercredi 24 janvier 2018 au Samedi 27 janvier 2018
Maison des Arts de Créteil
Place Salvador Allende, 94000 Créteil, France

Du 24 au 27 janvier à 21h00. Tél. : 01 45 13 19 19. Durée : 1h20.


Egalement : Du 1er au 23 février à Chaillot – Théâtre national de la Danse, le 6 mars au Radiant à Lyon, les 16 et 17 mars au Grand Théâtre d’Aix en Provence, du 21 au 24 mars au Théâtre de Caen, le 10 avril au Théâtre des Sablons de Neuilly, du 3 au 6 mai aux Gémeaux à Sceaux.


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