Danse - Entretien / Yuval Pick

Acta est fabula

Crédit Sébastien Erome Yuval Pick, directeur du CCN de Rillieux-la-Pape.

Entretien Yuval Pick

Actualité importante pour Yuval Pick au mois de janvier, avec sa toute nouvelle création et la reprise de pièces de son répertoire.

Acta est fabula a porté provisoirement le titre de Amplifié, mot dans lequel résonnait l’idée de son et de musique. Mais n’est-ce pas davantage l’idée du collectif qui émerge de cette nouvelle pièce ?

Yuval Pick : Le titre initial était lié à la recherche sonore que je voulais entamer en travaillant sur la voix de chacun, la voix d’ensemble, et ceci d’une manière amplifiée. Chorégraphiquement parlant, ça m’intéresse d’aborder comment un ensemble d’individus crée une chose qui est plus grande que la somme de chacun d’entre eux, et comment ça réagit, sur l’individu et sur le collectif. C’est la base de ma recherche. Dans ce souci du collectif, j’ai été également nourri par la notion d’hymne : nous sommes des créatures sociales, mais est-ce que les symboles existent encore ? Pour les mouvements, j’ai été inspiré par les hiéroglyphes, et j’ai travaillé autour des contours des corps, avec beaucoup de mouvements de bras, de bustes, des mouvements qui sont proches de la personne, des mouvements où chacun invente son propre totem. Mais d’autres choses ont émergé, et j’ai choisi le titre Acta est fabula – un intitulé en latin que je trouvais drôle, intrigant et riche, car on entend « l’acte est fabuleux ». J’étais très amusé par le fait que c’est une des phrases qui, dans l’Antiquité, annonçait la fin de quelque chose (« la pièce est jouée », ndlr). En créant la pièce, j’ai toujours eu le sentiment d’un dialogue avec ce moment de la fin, comme quelque chose qui serait apocalyptique.

« En créant la pièce, j’ai toujours eu le sentiment d’un dialogue avec ce moment de la fin. »

Comment avez-vous travaillé avec les danseurs autour de la notion de symbole ?

Y. P. : J’ai travaillé cette notion à travers les chansons populaires : chacun a amené sa chanson, et nous avons interrogé cette matière entre nous. Nous avons constitué une espèce de climat, avec des personnes qui manifestent leur soif d’être reliées, d’avoir une appartenance.

Comment la danse et la voix s’articulent-elles, et quel est l’impact sur le spectateur ?

Y. P. : Elles se croisent, mais pas toujours. Il y a des chansons, des sons, des voix, et des choses que les danseurs créent en temps réel. Il y a des morceaux pop qui arrivent de façon très suggérée dans la pièce, mais jamais en entier, davantage sur leur fin. C’est de l’ordre de la citation, de l’évocation. Cela travaille sur la manière dont on les retrouve dans la mémoire collective, et dans l’appropriation que chacun peut en faire.

Comment avez-vous exploré cette notion de collectif, de masse ?

Y. P. : Cette pièce porte quelque chose de très neuf, car avant je ne travaillais jamais sur l’unisson, mais sur la juxtaposition de la matière de chacun. Pour moi, chaque fin de pièce est le début de la pièce qui suit : dans Are friends electric ?, il se trouve que je termine par une ligne… C’est donc devenu le début de cette création. La ligne m’intéresse car elle a à voir avec la face, le quatrième mur, ce que je ne cherchais pas auparavant, car j’ai toujours travaillé sur la notion d’espace « entre ».

Que dire des pièces courtes qui sont programmées parallèlement dans Faits d’hiver, dans lesquelles la musique est prégnante ?

Y. P. : La musique et les sons sont toujours ma première source d’inspiration. Dans mon répertoire, j’avais quelques pièces courtes, j’aime beaucoup cette forme car la dramaturgie vient très différemment, avec la nécessité de toucher à l’essence de la pièce vraiment très tôt. Dans ces pièces-là, le fil rouge reste vraiment la notion d’espace « entre ». Il y a le trio PlayBach créé sur la musique de Bach, pour lequel j’ai travaillé sur la notion de statue, de corps comme une sculpture, et sur la notion d’espace proche, comme pour des atomes dans une molécule. L’espace « entre » est vraiment écrasé : c’est un corps à corps. Pour la deuxième pièce, loom, sur la musique de Nico Muhly, l’espace « entre » est tout le temps sollicité, il devient élastique et vivant, dans un duo de filles face-à-face. On a travaillé sur la trajectoire de la respiration, dans le centre du corps, le bassin et le torse. Je voulais faire quelque chose d’essentiel qui renvoie à une force vitale. Le quartet eddies travaille sur les trajectoires dans l’espace. Les danseurs ne se touchent jamais, mais ils sollicitent et recréent un espace commun. Comme la musique, avec des souffles de vents, des jets d’air, c’est l’espace « entre » qui est sollicité.

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Acta est fabula
du Mardi 9 janvier 2018 au Mardi 30 janvier 2018
Théâtre National de la Danse de Chaillot
1 Place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75016 Paris, France

Du 9 au 12 janvier 2018 à 19h45, le jeudi à 20h30. Tél. : 01 53 65 30 00.


PlayBach + loom + eddies : Théâtre de la Cité Internationale, 17 boulevard Jourdan, 75014 Paris. Les 29 et 30 janvier 2018 à 20h30. Tél. : 01 43 13 50 50.


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