La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien / Trajal Harrel

Caen Amour

Caen Amour - Critique sortie Avignon / 2016 Avignon Festival d’Avignon. Cloître des Célestins
Crédit : Orpheas Emirzas Légende : Trajal Harrell.

Chor. et mus. Trajal Harrell

Publié le 26 juin 2016 - N° 245

Trajal Harrell présente au Cloître des Célestins Caen Amour, une pièce qui mixe le défilé de mode, la danse du ventre, l’Histoire de la danse moderne, le sexisme et l’orientalisme… Pour faire trembler les stéréotypes !

Pourquoi un tel titre ?

Trajal Harrell : Comme mon spectacle tourne autour de l’idée d’exotisme ou d’orientalisme, et explore les influences qu’ont eu ces danses, au tout début du XXe siècle, sur les débuts de la danse moderne, je cherchais un titre qui allie “l’exotique“ et le lieu dans lequel je travaille. Or Caen est très particulier pour moi car c’est la ville où j’ai passé le plus de temps d’affilée depuis six ans. J’y suis resté quatre semaines. Donc c’est un lieu qui occupe une place à part dans mon cœur et dans mon imagination.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à la danse du ventre (hoochie coochie show) du début du siècle ?

T. H. : L’idée est née d’une recherche au long cours autour de Tatsumi Hijikita, le fondateur du butô, qui exerce sur moi une sorte d’attrait exotique dont je suis conscient… Puis j’ai été invité à créer une pièce sur Loïe Fuller, une des pionnières de la danse moderne américaine. Cela m’a fait penser aux débuts de la danse moderne ; les chorégraphes n’avaient pas encore tiré au clair ce que cet art serait, ils étaient tous intéressés par ces danses exotiques, folkloriques, orientales et toutes sortes d’expérimentations avaient lieu. Et j’ai réalisé que c’était aussi ma première expérience de spectacle de danse.

De quelle façon ?

T. H. : J’habitais dans une toute petite ville du Sud de la Géorgie, et tous les ans, il y avait une fête foraine qui s’installait. Mon père m’y emmenait, et, à un certain point, il m’envoyait chercher des bonbons et disparaissait dans une sorte de tente où était dessinée une femme dénudée. Il m’a fallu quelques années pour réaliser qu’il allait voir des femmes nues qui devaient danser. Je ne sais plus comment j’en suis arrivé à cette conclusion. J’ai repensé à ces débuts de la danse moderne et de la danse du ventre qu’on ne peut séparer. Une danseuse syrienne, Little Egypt, a été la star de l’Exposition Universelle de 1893 à Chicago et a donné lieu à une vague d’orientalisme que l’on retrouve par exemple chez Ruth Saint-Denis.

« Ce qui m’intéresse ce sont les implications sociales, politiques, et le regard porté sur ces corps de femmes. »

Comment allez-vous mettre en mouvement, sur le plateau, tous ces thèmes?

T. H. : Je ne vais pas représenter le sexe, l’orientalisme. Pour moi, cette pièce est très connectée au colonialisme et au post-colonialisme. Ce qui m’intéresse ce sont les implications sociales, politiques, et le regard porté sur ces corps de femmes, sur ces danses.

Verra-t-on une débauche de vêtements comme dans vos séries sur le Voguing ?

T. H. : Je n’utilise pas les costumes comme dans mes séries autour du Voguing. J’ai fait appel aux stylistes de Comme des Garçons car Rei Kawakubo, sa créatrice, a beaucoup étudié les corps féminins, de façon à questionner leur image, et elle s’est attachée à changer le regard que les hommes posent sur les femmes.

Etre à Avignon, c’est un enjeu important ?

T. H. : Les Célestins, c’était mon rêve. Mais, je veux d’abord faire une très belle pièce de danse.

 

Propos recueillis par Agnès Izrine

A propos de l'événement

Caen Amour
du Dimanche 10 juillet 2016 au Mardi 12 juillet 2016
Festival d’Avignon. Cloître des Célestins
Place des Corps Saints, 84000 Avignon, France

Tél : 04 90 14 14 14.


Le 9 juillet à 22h, vendredi à 22h et 00h, le 13 à 00h.


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